Diocèse de Matadi : Le Vicaire Général : « Devant l’épreuve, la souffrance, la mort nous sommes appelés à l’ouverture sur l’amour »
7 avril 2020
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Diocèse de Matadi : Le Vicaire Général : « Devant l’épreuve, la souffrance, la mort nous sommes appelés à l’ouverture sur l’amour »

Célébration des Rameaux et de la Passion de Notre Seigneur – 2020
Evêché de Matadi 5 avril 2020
Mt 21, 1-11 / Is 50, 4-7 / Ph 2, 6-11 /Mt 26, 14 – 27, 66

Chers frères et sœurs
Comme nous le savons, la célébration liturgique de ce jour est un double événement : l’entrée de Jésus à Jérusalem et la lecture de la Passion de Jésus. C’est l’unique célébration dans l’Eglise où la joie et la tristesse cohabitent, où la fête et le deuil se rencontrent, où une liesse populaire et un rejet populaire s’entrecroisent. Ceci n’est pas un caprice liturgique, mais certainement le besoin de montrer que la route vers Jérusalem est le chemin de l’accomplissement du sacrifice sur la croix. D’ailleurs avant d’arriver aux portes de Jérusalem, Jésus a déjà annoncé trois fois sa Passion à ses disciples (cf. Mc 8, 31-33 ; 9, 30-32 ; 10, 32-34). En nous associant à la joie de l’accueil de la foule, nous voulons aussi annoncer le paradoxe de cette ville : la ville qui accueille mais aussi qui tue les prophètes. En effet, l’entrée triomphale à Jérusalem accompagnée des cris des foules : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! (Mt 21, 9) se conclut par l’apostrophe sur Jérusalem prophètes : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés… désormais vous ne me verrez plus, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! (Mt 23, 37).
1. Entrée à Jérusalem : expression d’humilité.
C’est l’événement de l’entrée à Jérusalem qui a donné naissance à la célébration dite des rameaux. Car, comme dit l’évangéliste Matthieu : « Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route » (Mt 21, 8). La solennité de l’accueil de la foule contraste avec les gestes humbles posés par Jésus. Et cette humilité va marquer tout l’événement de sa passion pour nous focaliser sur l’essentiel.
Observons ces gestes humbles :
Détachez l’ânesse et son petit avec elle et amenez-les moi. Jésus ne choisit pas de monter sur un cheval, symbole de force, de pouvoir et de domination. Le prophète Zacharie va plus loin : « Voici ton roi qui viens vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme » (Za 9, 9). L’ânesse est le premier trône de Jésus sur lequel il monte, avant de monter sur son deuxième trône encore plus humble et plus humiliant qui sera la croix. C’est la foule qui solennise l’entrée de Jésus, ce n’est pas Jésus lui-même qui se solennise, autrement il n’aurait pas choisi de monter sur une ânesse, de se faire poser dessus les simples manteaux des disciples. Il entre même comme un inconnu pour certains : « Toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : Qui est cet homme ? ».

Ainsi, frères et sœurs, la solennité avec laquelle nous vivons notre vie pourrait contraster fortement avec l’humilité de celui pour qui nous sommes appelés à être serviteurs. Quand nous occupons des responsabilités surtout dans l’Eglise comprenons-nous que nous sommes appelés à exercer humblement ces responsabilités ? Un poste, une charge, une nomination que l’Evêque nous donne de façon bienveillante, pourquoi devons-nous en faire un espace de domination, d’écrasement des autres, d’orgueil comme s’il n’y avait que nous qui méritions cela et non pas les autres ? Même si la foule de nos paroissiens nous portent sur un piédestal, ne sommes-nous appelés à avoir cette distance du Christ face à l’hystérie populaire pour vivre humblement notre ministère ?
Cet appel à l’humilité s’adresse à tout chrétien, à l’exemple de son Maître le Christ. Le prophète Zacharie parle même de la douceur du roi : Voici ton roi qui viens vers toi, plein de douceur. Cette douceur de notre Roi contraste avec souvent notre arrogance. Frères et sœurs, l’humilité nous place au cœur de l’essentiel. Célébrer le dimanche des Rameaux et de la Passion de Notre Seigneur c’est nous ramener à l’essentiel de notre raison d’existence comme chrétien. Nous devons célébrer le Christ et non pas nous célébrer nous-mêmes. Ce n’est pas nous qui entrons à Jérusalem, c’est Jésus. Ce n’est pas nous qui sommes morts sur la croix, c’est Jésus. Ce n’est pas nous qui changeons le pain en corps du Christ, c’est Jésus. Ce n’est pas nous qui guérissons, c’est Jésus.
L’humilité s’oppose aux apparats, aux superflus, au matérialisme qui est source de la mondanité, plusieurs fois dénoncée par le Pape François. L’humilité s’oppose à la vantardise, à la folie des grandeurs. L’humilité nous amène au dépouillement. Le dépouillement du Christ trouve son apogée sur la croix, dépouillé même matériellement de sa tunique, mais pas dépouillé de sa dignité, de sa valeur. On comprend alors que la vraie valeur de l’homme est dans la qualité de son cœur.
Alors la lettre de Paul au Philippiens de ce jour trouve tout son sens : « Le Christ Jésus ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur… il s’est abaissé dans l’obéissance jusqu’à la mort sur la croix » (Ph 2, 6-11).

L’épreuve de la pandémie du coronavirus que nous sommes entrain de vivre montre la fragilité de notre vie, met au grand jour la faiblesse de notre santé, le manque de maîtrise de notre destin malgré nos orgueils, nos condescendances, nos suffisances. Nous sommes appelés à revenir à l’essentiel. Regardons donc ce roi qui vient vers nous, plein de douceur et d’humilité, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme, le Christ, voilà notre exemple de vie. Entrons humblement dans les mystères de Pâques et vivons humblement notre conversion.

2. La Passion : sens de la souffrance

La condamnation de Jésus est une condamnation injuste. Pilate l’a dit : « Je ne trouve aucun motif de condamnation pour cet homme » (Jn 18, 38). La souffrance qu’il endure n’est pas due à une faute de sa part. Le soldat romain l’a dit regardant Jésus mourir sur la croix : « Cet homme est un homme juste » (Mt 27, 54). L’épreuve de la mort qui l’attend n’est pas une punition de Dieu, sinon Jésus n’aurait pas dit : « Père, si possible, que cette coupe passe loin de moi ». Cependant « si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que te volonté soit faite » (Mt 26, 39).
La passion et la mort de Jésus nous mettent face à la question du sens de la souffrance, de la maladie, de la mort. Qu’ai-je fait pour souffrir ? Qu’avons-nous fait de mal pour mériter cela ? Dieu nous a-t-il puni ? Nous nous sommes souvent posés ces questions lorsque nous avons traversé des épreuves injustifiables. Dans les sectes, on ne prêche que la prospérité, la santé, la richesse, le bonheur, les jouissances. On achète sa bénédiction et des grâces au taux du jour et au montant en dollar. L’évangile de Jésus n’est pas cet évangile-là. Il a même promis à ses disciples les persécutions. Jésus n’est pas venu enlever la souffrance ni supprimer la maladie ou la mort physique. Il veut que, par sa passion, nous donnions un sens à nos épreuves. Il a intégré la souffrance dans sa vie comme faisant partie de son ministère et de sa vie et de sa relation avec son Père.
La lecture de ce jour d’Isaïe dit : « Je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats ». Jésus trouve sa force dans la souffrance et il nous montre la force de la souffrance. En effet cette souffrance est l’expression de l’amour envers son Père : « Père que ta volonté soit faite et non la mienne ». Ou encore : « Entre tes mains, Père, je remets mon esprit » (Lc 23, 46); mais aussi sa souffrance est l’expression de l’amour envers nous les hommes : « Ceci est mon corps livré pour vous » (Lc 22, 19) et « Ceci est mon sang versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés » (Lc 22, 20). Jésus ne détache pas le larron de la croix pour qu’il rentre dans son village, mais il lui dit : « Aujourd’hui avec moi tu seras dans le Paradis » (Lc 23, 43).

Donc devant l’épreuve, la souffrance, la mort nous sommes appelés à l’ouverture sur l’amour. L’épreuve de la pandémie que nous traversons doit nous aider à changer nos vies pour plus d’amour entre humains car nous nous rendons finalement compte que nous partageons la même maison commune, cette planète. Nous sommes confinés dans le même destin. C’est le temps de prendre conscience de semer l’amour et de sauvegarder la planète.

Chers frères et sœurs, nous revenons encore à l’humilité : soyons humbles car nous sommes fragiles ; soyons humbles car nous ne sommes pas les maîtres des temps et de l’histoire ; soyons humbles car nous avons reçu la vie en don, la santé en don et l’intelligence en don ; soyons humble car la grandeur n’est pas dans les biens matériels, dans les voyages en Europe, dans l’argent parfois qui ne nous appartient même pas. Toute la Semaine Sainte que nous commençons aujourd’hui est une montée humble de Jésus vers la Résurrection. Même la résurrection est humilité, la victoire de Jésus sur la mort est humilité : il n’y a pas de foule, pas de trompette, pas de fanfare, même pas des disciples… Jésus n’a pas donné rendez-vous à ses bourreaux pour le « prouver » comme on dit. Il est ressuscité et il va laisser les disciples constater un tombeau vide.

Faisons nôtre le chant du Psaume 130 :

Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard hautain ; je ne cherche pas les chemins des grandeurs, ni des merveilles qui me dépassent.

Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère
Mgr Giraud Pindi Muanza, Vicaire Général

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