EXTRAIT DE L’HOMÉLIE DE MGR MUYENGO À LA MESSE DU 4 JANVIER 2018, FÊTE DES MARTYRS DE L’INDÉPENDANCE
4 janvier 2018
CECOS - CENCO (23 articles)
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EXTRAIT DE L’HOMÉLIE DE MGR MUYENGO À LA MESSE DU 4 JANVIER 2018, FÊTE DES MARTYRS DE L’INDÉPENDANCE

Des cris montent de Rama, Rachel pleure ses enfants Du 4 janvier 1959 au 4 janvier 2018

Extrait de l’homélie à la messe du 4 janvier, fête des martyrs de l’indépendance ( )

Très chers frères et sœurs dans le Christ,

Du 4 janvier 1959 au 4 janvier 2018, l’année prochaine il fera 60 ans que le sang de Congolais continue de couler pour l’indépendance, la liberté, le droit, la justice, la dignité. Mais si en 1959, la veille de notre indépendance, le sang de nos compatriotes avait été versé sur l’ordre du pouvoir colonial, aujourd’hui ce sont nos propres frères qui ne ferment pas les yeux et bloquent les cœurs pour tuer, massacrer, violer ce qu’ils appellent de « compatriotes ». Comme il est devenu notre habitude à Uvira, tous les 4 janvier, journée commémorative de martyrs de notre indépendance, de célébrer une messe pour les agents de l’Etat, les militaires, les policiers, les membres de différents partis politiques, la Monusco et les autres structures engagées dans le domaine de la paix, etc., avec vous nous avons voulu prier pour toutes les victimes de ces dernières années de turbulences politiques causées par le non respect de la Constitution que nous devons pourtant considérer comme « Une Parole donnée les uns aux autres dans une Nation pour une gestion équitable dans la justice et la paix de la chose publique ».
Aussi nos prières s’accompagnent des messages aux différents protagonistes de cette énième crise qui nous fait passer le temps nécessaire pour le travail du développement de ce cher et beau pays aux ressources si fabuleuses, don béni de Dieu et héritage de nos ancêtres :
a/ Au Président de la République, étant encore à la tête du pays comme premier responsable de la sécurité du peuple, il doit user de tout son pouvoir pour arrêter de laisser massacrer le peuple congolais comme cela s’est passé à Kinshasa, le 31 décembre 2017, sans oublier tous ces autres massacres de 2016, et ceux perpétrés dans le Kasaï, au Nord et au Sud-Kivu, au Nord-Katanga, etc.

b/ Aux politiciens Congolais, toute tendance confondue, de faire passer l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus de toute velléité égoïste comme ils nous en font vivre le spectacle ces derniers temps au point de faire de notre pays la risée du monde. La risée, la honte dont le symbole aujourd’hui est le corps de notre compatriote Etienne Tshisekedi wa Mulumba qui bientôt va totaliser une année dans le froid de la morgue en Belgique sans être rapatrié au pays pour y être enterré dignement.

c/ Aux soldats et policiers congolais de comprendre avant tout que chaque fois que le peuple marche d’une manière pacifique pour réclamer ses droits fondamentaux comme celui d’aller aux élections pour se choisir des dirigeants qu’ils désirent, c’est pour eux aussi qu’il manifeste. Nous avons besoin d’une armée et une police républicaines, et non pas celles engagées au service de quelques individus ou groupes d’individus au pouvoir. Je m’adresse à vous qui êtes là et qui représentez tous les autres : Votre mission première est de défendre la population et non pas les hommes au pouvoir. Même au fort moment de la dictature du Maréchal Mobutu, nous n’avons jamais vu des images comme celles qu’on nous envoie de Kinshasa : des soldats et des policiers qui pénètrent dans des églises pour tuer, violer, voler, etc. Nous avons entendu certains d’entre vous se défendre, prétendant que ceux qui ont commis ces massacres sont des mercenaires engagés par le pouvoir. Si cela est vrai, posez-vous alors la question de savoir en quoi êtes-vous encore une armée et police nationales quand vous laissez des mercenaires entrer dans votre pays pour tuer, massacrer vos compatriotes et piller vos ressources. D’autres parmi vous se sont justifiés en affirmant que les militaires et les policiers congolais avaient été désarmés, alors posons-nous tous la question de savoir si nous sommes encore dans un pays indépendant ou sous occupation ?

d/ A vous tous chers frères et sœurs dans le Christ, chers compatriotes, l’heure est grave, mais ne perdons pas le courage de notre foi, de notre espérance et de notre charité. Restons debout dans la prière et les actions non violentes. Comme nos frères et sœurs l’ont fait à Kinshasa et ailleurs, dans de telles situations, n’utilisons jamais les méthodes et les armes de ceux qui nous prennent pour leurs ennemis, alors que nous sommes tous frères et sœurs ; nos armes doivent demeurer ces symboles de notre foi, de notre espérance et notre charité, gage de la paix : prière à la bouche, bible (ou coran), chapelet, croix en mains.

Enfin, je voudrais terminer par répondre à ceux qui, ces derniers temps face à toutes ces démarches que les évêques font pour réconcilier les politiciens, prétendent que « Eglise n’est plus au milieu du village », qu’elle ne prêche plus l’Evangile. Etre une Eglise au milieu du village, prêcher l’Evangile ne veut pas dire afficher une neutralité béate, complice des injustices, des antivaleurs, de l’oppression, de la corruption, etc. que subit le peuple, bref se taire « là où Dieu pleure », parce que les hommes pleurent, souffrent des injustices, oppressions, persécutions, etc. Cela veut dire, au contraire, avoir les oreilles, les yeux ouverts et la langue déliée afin d’écouter, de voir pour annoncer la paix, la justice, le bien, la solidarité, la fraternité, le droit, la corruption, etc., et donc avoir les oreilles, les yeux ouverts et la langue déliée afin d’écouter, de voir pour dénoncer, condamner le manque de paix, l’injustice, le mal, la trahison, l’inimitié, le dénie du droit, la corruption, etc. L’Eglise est au milieu du village pour prêcher l’Evangile lorsqu’elle marche avec le peuple qui marche d’une manière pacifique pour revendiquer ses droits les plus fondamentaux. Elle est au milieu du village et prêche l’Evangile, comme il nous est dit dans ce même Evangile d’aujourd’hui comment Jésus avait répondu à ce pharisien venu lui suggérer de s’en aller car Hérode voulait le tuer : « Allez, et dites à ce renard : Voici, je que chasse les démons et je fais de guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour, j’aurai fini » (Lc 13, 32). Et comment interpréter autrement le récit de l’Evangile où il nous est dit que, exaspéré par ceux qui avaient fait de la maison de son Père une caverne de bandits, un marché, une maison de trafic, Jésus s’était fait un fouet des cordes pour les chasser du temple (cf. Jn 2, 13-18). La sainte colère, ça existe ! « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fut allumé » (Lc 12, 49), nous dit Jésus. Le feu brûle, chauffe, purifie ; le feu transforme. Appel à la conversion des cœurs dont nous avons tous besoin pour sortir de la crise, de la violence, de la haine, de l’illégalité, de l’illégitimité. Bonne année à ceux et celles qui ont le cœur à la fête là où, inconsolable, Rachel (la République), pleure ses enfants (cf. Mt 2, 18).
+ Sébastien-Joseph MUYENGO MULOMBE

Per viscera misericordiae Dei Nostri

Evêque d’Uvira

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