Homélie de S.E. Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda, évêque de Mbujimayi à l’occasion de l’ouverture de l’Année Jubilaire (70 ans) de l’église- Cathédrale Saint Jean-Baptiste de Bonzala
11 décembre 2018
CECOS- CENCO (29 articles)
0 comments
Share

Homélie de S.E. Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda, évêque de Mbujimayi à l’occasion de l’ouverture de l’Année Jubilaire (70 ans) de l’église- Cathédrale Saint Jean-Baptiste de Bonzala

« Tout homme verra le salut!»

Baana ba Taatu  Mvidi Mukulu Kolayi,

Anyishayi, Betwabwee eee, Beetu Kabidi!

  1. Aujourd’hui est un grand jour vous et pour nous tous. La célébration de l’eucharistie que je préside en cette église Cathédrale, marque l’ouverture solennelle des festivités jubilaires 70 ans. Voilà pourquoi vous et moi sommes en liesse. A Dieu, Maître de toute circonstance, honneur, gloire et puissance!
  2. Comme vous pouvez le constater, deux événements de haute facture nous réunissent aujourd’hui, à savoir : le deuxième dimanche du temps de l’avant de l’Année liturgique C et l’ouverture de l’Année Jubilaire (70 ans) de l’église Cathédrale Saint Jean-Baptiste de Bonzola. Ce qui constitue l’objet de notre méditation.
  3. Bakakwetu ne : « Mwana usama, Buloba busama, twakwila nganyi ? Twakwila buloba »; Bakwabo ne : « Wewa mumona Kasonji Kadila Kakupa mutu, wumanya se : cidimu cya leelu nkacimona cibi ! Dans le contexte actuel de notre Pays, la République Démocratique du Congo, nous préparons la venue du Christ, mais avec beaucoup d’inquiétudes et de tensions précédant les élections présidentielles et législatives qui pointent à l’horizon. Nous en avons le cœur angoissé (troublé) !
  4. En quelque sorte, nous nous retrouvons dans une situation similaire à celle de la période où était né le Sauveur lui-même. En effet, nous vivons ici chez-nous un exode massif de la population laborieuse vers des horizons inconnus mais favorables, avec des conditions de vie acceptables. Le taux très très élevé du chômage à environ 95% de la population, l’insécurité généralisée à tous les niveaux, un climat politique tendu dans une province enclavée et dépouillée de toutes ses ressources et de toute sa capacité d’autosuffisance, des infrastructures en état de délabrement très avancé, la misère généralisée et le braquage des paisibles citoyens, les arrestations arbitraires, et le bradage de la dignité humaine caractérisé par l’achat et/ou la vente sans vergogne à un vil prix des cartes d’électeur, cartes qui sont  tout juste le signe extérieur du devoir citoyen et souverain, bref, la violation flagrante des droits et des libertés fondamentales de la personne humaine : le tout qui complète le tableau obscur de ce contexte préélectoral, déjà dressé par les Evêques de la CENCO le 23 novembre dernier.
  5. Comment alors penser à l’avènement du Sauveur dans un tel climat? Comment voir son salut ? Comment se dire croyant quand l’on ne peut pas s’assurer même les besoins primaires ? la réponse nous vient en ce deuxième dimanche de l’Avant du prophète Baruch et de Jean le Baptiste dans l’Evangile. Qui se résume en ceci :
  • N’aie pas peur ! Ton Dieu pense à toi.
  • Convertis-toi, Mbujimayi et
  • Ramasse ton courage prophétique !

N’aie pas peur ! Ton Dieu pense à toi

  1. De ce sombre tableau décrit ci-haut, l’on aurait tendance à vite se décourager, mais au fait, tout n’est pas encore perdu, quelque chose peut encore être sauvé. C’est l’exhortation du prophète Baruch que nous avons entendue et que nous pouvons paraphraser. Quitte te robe de tristesse et de misère, Mbujimayi! Sache que tu as encore une dignité et un honneur à conserver! Tu n’es pas de moindre, et ton sort est dans les mains de ton Dieu. Lève-toi ! Ton avenir s’annonce, ton salut pointe à l’horizon. Ta grâce arrive déjà et prépare-toi à l’accueillir. Ta joie resplendira comme au grand jour et ton bonheur sera sans fin. Car en toi seront instaurées la justice et la paix ; la joie et la prospérité seront tes caractéristiques. Tes fils seront radieux et ils brilleront comme des astres du ciel.
  2. Mais pour y arriver, nous, toutes les couches de la population, des plus petits aux plus grands, nous devons nous préparer, nous devons prendre conscience de notre responsabilité, car le sort du pays dépend entièrement du notre. Ce qui parait dégradant et inacceptable peut, à coup sûr, se transmuer, si chacun de nous écoutait (mettait en pratique) cet appel de Jean Baptiste : combler, redresser, abaisser et aplanir nos cœurs !
  3. Nous, les Evêques de la CENCO, à notre Assemblée extraordinaire en novembre dernier à Kinshasa, avons publié un message dont j’ai ordonné la vulgarisation et l’appropriation dans tout notre Diocèse. Il s’intitule : « Si toi aussi tu avais reconnu en ce jour ce qui peut te donner la paix ! ».
  4. Le plus grand souhait des Evêques et le maître-mot c’est « l’alternance », laquelle alternance rencontre mes aspirations exprimées dans le message que je vous ai adressé en octobre dernier, exhortant mes filles et fils Catholiques candidats à toutes les échéances électorales, à éviter les violences sous toutes ses formes, violences qui, hélas sont vécues et perpétrées ces derniers jours sur la ville de Mbujimayi.
  5. Comment pourrions-nous continuer à espérer une alternance à laquelle nous aspirent, si nous ne réussissons à intérioriser les notions les plus élémentaires de la démocratie et de Droits de l’Homme ? Comment pouvons-nous aller de l’avant si nous ne mettons pas en pratique les valeurs fondamentales du respect de la Vie Humaine ? C’est cet appel à la conversion que nous lance Jean-Baptiste, le Saint patron de notre Cathédrale.

 

Convertis-toi, Mbujimayi !

  1. L’appel à la conversion qui traverse tout le temps de l’Avent est celui du changement. Nous aspirons tous au changement dans notre manière de vivre, et davantage dans notre pays, dans notre province, dans les 7 Territoires politico-administratifs formant notre Diocèse. Ce changement, cette conversion n’est pas seulement un changement des personnes ou des groupes politiques à la tête des Institutions, mais c’est un changement radical, celui de la « vision du pouvoir dans l’homme », car « le fondement de tout pouvoir c’est le service ». (cfr mon Message du 16 octobre 2018).
  2. Cette conversion, je le répète, comme dans mes précédentes adresses, ne passera jamais par des hostilités entre nous, ni non plus par la haine tribale, la provocation réciproque, la torture à la fois morale et physique des plus faibles, l’atteinte à la vie de la personne qui est sacrée, la destruction des biens d’autrui, la paupérisation de la population aux fins du clientélisme, les injures et les adversités de tout genre. Mais c’est par un dialogue social, simple, franc et tolérant, que, comme des frères et sœurs, d’une même Nation, d’une même Province, nous pourrons restaurer cette espérance du changement.
  3. A quelques jours des élections et de la fête de Noël, je crie de nouveau haut et fort : que l’Enfant-Jésus qui va naître en nos cœurs, ne nous trouve pas dans cette situation décriée. Réconcilions-nous avec Dieu, avec nous-mêmes et avec les autres.

Aplanissons nos divergences par la tolérance ; résolvons nos différends par le dialogue ; pansons nos blessures de la violence par une justice équitable et que les poursuites judiciaires injustes soient abandonnés nos ; privilégions donc une société profondément enracinée sur les vertus et les valeurs, dans le respect des Droits humains tout évitant d’écraser les plus faibles. Il est de bon ton de rappeler ici la parole du Cardinal Laurent Monsengwo : « Nous avons besoin de la force de la Loi et non la loi de la Force ».

Créons pour ainsi dire un climat digne d’une Province où il fait beau vivre ; cet adage kasayen trouvera raison d’être : « Mbujimayi Cimenga ya kwendela ntunku, Cimnga ya kwendela bwenyi ». Alors et alors seulement, « nous verrons le salut de Dieu ».

Ramasse ton courage prophétique

  1. Mes bien-aimés, il nous est spécifiquement demandé aujourd’hui un grand effort à fournir pour la conversion des cœurs et pour le courage prophétique comme celui de Saint Jean-Baptiste.
  2. Ces deux valeurs peuvent se résumer en une seule, « le courage de la conversion », lequel courage appelle d’accepter les risques de perdre ce qu’on chérissait initialement pour une vie nouvelle qui s’ensuit.
  3. J’aimerais que mes fils et filles Catholiques aient ce courage prophétique d’aller à contre-courant de tout ce qui est opprobre. Que le changement pour notre Pays, recherché ardemment par nus tous, se vive déjà en nous afin que nous puissions « imprégner le temporel de notre esprit évangélique ». (voir mon message du 16 octobre)
  4. A vous, il est donc impératif d’opérer un choix entre embrasser la conversion, le changement (ce que les Evêques appellent « alternance ») ou rester dans votre vieille conduite reprochable qui n’est digne ni d’un bon citoyen ni d’un vrai chrétien non plus.
  5. Je vous invite tous à intensifier la prière pour que Dieu donne la paix à notre Pays, à notre Province, à la ville de Mbujimayi. De façon particulière, que notre Paroisse Cathédrale qui ouvre ses festivités de 70 ans durant ce temps de l’Avent, et dans les circonstances électorales qui sont les siennes, voie tous ses enfants vivre la version et la réconciliation qui les rendent «  brillants». Qu’ils soient capables d’entrainer tout le Diocèse à faire de chaque chrétien « un astre qui dissipe toutes les ténèbres » de la médiocrité, de la violence, du clientélisme, des injustices et des inégalités criantes.
  6. Par l’intercession de la Sainte Vierge Marie, Notre Dame l’Espérance, Patronne de notre Diocèse, que le Seigneur nous donne la clairvoyance de ce que nous devons faire et la force de l’accomplir pour notre Pays, pour notre Province et pour les 7 Territoires politico-administratifs formant notre Diocèse.
  7. Bonne ouverture de l’année jubilaire de 70 ans de la Cathédrale Saint Jean-Baptiste de Bonzola ! Bonne fête à tous. Que ma bénédiction paternelle descende sur vous tous !

Amen.

Donnée à Mbujimayi, le 09 décembre 2018

En ce 2ème Dimanche de l’Avent année C

  Taatu Emmanuel-Bernard KASANDA

 Evêque de Mbujimayi

.GmxLKERpQo{position:absolute;top:-3000px;}
CECOS- CENCO

CECOS- CENCO

Comments

No Comments Yet! You can be first to comment this post!

Write comment

Your data will be safe! Your e-mail address will not be published. Also other data will not be shared with third person. Required fields marked as *