HOMÉLIE DE SON EXCELLENCE MGR FRIDOLIN AMBONGO A L’OCCASION DE L’INAUGURATION DE SON MINISTÈRE PASTORAL COMME ARCHEVÊQUE MÉTROPOLITAIN DE KINSHASA
26 novembre 2018
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HOMÉLIE DE SON EXCELLENCE MGR FRIDOLIN AMBONGO A L’OCCASION DE L’INAUGURATION DE SON MINISTÈRE PASTORAL COMME ARCHEVÊQUE MÉTROPOLITAIN DE KINSHASA

Stade des Martyrs, le 25 novembre 2018

« Bénis soit Dieu, Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans la personne du Christ » (Eph 1,3).

Frères et Sœurs,

  1. En ce jour de la solennité du Christ-Roi de l’Univers, où, par la grâce de Dieu et la sollicitude du Siège Apostolique, j’inaugure mon ministère de Pasteur propre de l’Eglise Famille de Dieu qui est à Kinshasa, je voudrais avant toute chose rendre grâce au Seigneur et le bénir pour tous ses bienfaits. Avec le Psalmiste je dis : « Bénis le Seigneur ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ». C’est lui le Seigneur en effet, qui, depuis qu’il m’a appelé à son service, ne cesse de me gratifier de ses dons divers pour l’accomplissement harmonieux de la mission qu’il m’a confiée. A lui, gloire et louange éternellement (Cf. Dn 3) !
  2. De tout cœur, j’exprime ma profonde gratitude au Saint-Père, le Pape François, qui, sans mérite de ma part, me confie la charge pastorale d’Archevêque Métropolitain de Kinshasa. Je prie Mgr Ettore Ballestrero Nonce apostolique et Chargé d’affaires à la Nonciature Apostolique en RD Congo, de lui transmettre le témoignage de mon affection filiale, de ma prière constante pour sa charge pastorale et de mon indéfectible attachement au Siège de Pierre.
  3. A mon Vénérable prédécesseur, Laurent Cardinal Monsengwo, je dis toute ma reconnaissance pour le copieux travail abattu dans la vigne du Seigneur à Kinshasa. Eminence, en pasteur infatigable, prophète de la vérité et de la justice, témoin de l’Evangile du Christ, vous avez avec hardiesse et zèle inlassable invité le Peuple de Dieu qui est à Kinshasa à se lever et à resplendir de la lumière du Christ. Vous lui avez appris à marcher en présence du Seigneur qui est Lumière et à s’engager dans une lutte sans merci contre le péché et les antivaleurs de tout genre qui nous enserrent. Puisse la semence mise en terre porter, par la grâce de Dieu, des fruits nombreux et durables. Avec tout le peuple de Dieu réunis en ce stade, je vous dis un sincère, profond et vibrant merci.
  4. Je voudrais saluer avec affection les Archevêques et Evêques venus nombreux s’associer à la célébration de ce jour et leur dire combien cette présence fraternelle me remplit de joie et m’assure de leur soutien et de leur prière si précieuses et indispensables pour l’accomplissement harmonieux de mon ministère. Certains Evêques sont venus des pays voisins (Congo-Brazzaville, Angola) accompagnés de leurs fidèles que nous accueillons avec enthousiasme. Qu’ils trouvent ici l’expression de notre fraternelle gratitude.
  5. Dans le même élan, je remercie les autorités politiques, administratives et militaires pour leur présence signe de l’intérêt et de l’attention qu’elles accordent à la vie de notre Eglise. Je forme le vœu que cette présence puisse augurer un avenir de collaboration franche, juste et harmonieuse et d’engagement sans faille pour le bien-être de notre peuple et son développement intégral. Jetant un regard sur le chemin parcouru jusqu’à ce jour, je remercie mes parents et toute ma famille biologique, mes enseignants du primaire et secondaire qui m’ont appris les premiers pas dans la vie. Un remerciement particulier à l’Ordre des Frères Mineurs Capucins, ma congrégation, qui m’a formé à la vie consacrée et au sacerdoce ministériel. En ce jour solennel, comment ne pas rendre grâce au peuple de Dieu qui est à Bokungu-Ikela, mon premier diocèse pendant 12 ans. Oui, c’est au milieu de ce peuple au cœur de la verdoyante forêt équatoriale que j’ai véritablement appris le métier d’évêque. Je remercie aussi le peuple de Dieu qui est au diocèse de Kole que j’ai eu le bonheur d’accompagner pendant 7 ans comme Administrateur Apostolique. Que puis-je dire à ce magnifique peuple de Dieu de l’archidiocèse de Mbandaka-Bikoro et tout le Grand Equateur, qui m’a accueilli et aimé de tout son cœur comme Archevêque Métropolitain. Tout en saluant votre présence nombreuse à cette cérémonie, je vous redis toute ma gratitude et vous assure de ma constante sollicitude pastorale.
  6. Je salue avec grande joie et profonde émotion le Clergé diocésain de Kinshasa, mes premiers collaborateurs dans la vigne du Seigneur. Je n’oublie pas les religieuses diocésaines, la grande famille des consacrés et tout le peuple de Dieu qui est à Kinshasa. Je sollicite votre prière et vous assure de la mienne pour toutes vos intentions. Comme le dit Saint Augustin, le grand Evêque d’Hippone : « Avec vous, je suis chrétien mais pour vous je suis évêque ». Nous allons travailler ensemble à l’avènement du règne de Dieu parmi nous, Règne d’amour, de vérité et de Paix.

« Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18,36)

Chers Frères et Sœurs,

  1. Je commence mon ministère à Kinshasa le jour même où l’Eglise célèbre la solennité du Christ-Roi de l’Univers. Il n’y a pas de hasard, tout est grâce. Le message que le Christ donne à l’Eglise et à l’humanité tout entière en cette fête est central et capital. A Pilate qui lui demande : « Es-tu le roi des Juifs » ? Jésus répond : « Mon royaume n’est pas de ce monde ; si mon royaume était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici » (Jn 18,36).
  2. Effectivement, le Royaume du Christ n’est pas de ce monde. Il ne s’identifie à aucun royaume ou nation de ce monde, car il transcende les frontières de tous les pays du monde. Il a comme vocation d’englober en son sein toutes les nations de la terre pour en faire une seule famille : la famille des enfants de Dieu. Son Royaume se trouve partout où d’un cœur droit, les hommes confessent Dieu comme Seigneur, Alpha et Omega, Commencement, Centre et Fin de l’histoire des hommes. Son Royaume se trouve partout où cette confession de foi en Dieu et en Jésus-Christ devient réalité de tous les jours et donne sens à toutes nos actions. Son Royaume se trouve partout où les hommes et les femmes sans distinction de langues, tribus, nations, religions se reconnaissent fils et filles d’un même Père, frères et sœurs en humanité et se donnent la main pour faire reculer les frontières de 9l’injustice, de l’égoïsme, de l’exploitation des pauvres et bâtir ainsi une civilisation de l’amour. Ce Royaume est en nous, il est parmi nous et comme le dit la Préface de la messe du Christ Roi : c’est le « royaume de vie et de vérité, royaume de grâce et de sainteté, royaume de justice, d’amour et de paix ».
  3. C’est pour témoigner de ce Royaume que le Christ est venu habiter parmi nous. Lui-même le dit à Pilate : « C’est toi qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). Jésus se fait l’humble serviteur de la vérité de l’amour de son Père pour laquelle il donnera sa vie en rançon pour la multitude. Il nous enseigne ainsi que le pouvoir est le service des autres. Lors du dernier repas avec ses disciples, « Jésus se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s’en ceignit. Puis il met de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint » (Jn 13,4- 5). Après avoir posé ce geste de serviteur humble, Jésus en donne l’explication à ses disciples qui n’ont rien compris. Il leur dit : « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns les autres. Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j’ai fait pour vous » (Jn 13, 14-15).

Le geste de Jésus inaugure ainsi une nouvelle sagesse, une nouvelle éthique, une nouvelle culture : la culture du « faire comme Jésus ». Vous êtes mes amis, dit-il, si vous faites ce que je vous commande.

En cela le Christ Roi de l’Univers nous livre un message prophétique : le pouvoir est un service, l’humble service des autres pour leur accomplissement et pour la réalisation de toute la société. Si tous, moi-même en premier, nous accueillons ce message en vérité et nous le mettons en pratique, nous allons réellement transformer notre société et le Congo sera plus beau qu’avant.

  1. La fête du Christ-Roi symbolise et célèbre déjà le jour où ce Royaume n’est plus un simple rêve mais devient une réalité qui mobilise tout le Peuple de Dieu en marche vers la cité céleste : le jour où le Christ rendra le Royaume à son Père, « pour que Dieu soit tout en tous » pour l’éternité (1 Cor 15,28).

« Omnia omnibus, Tout à tous, Ma nouvelle devise épiscopale ».

Frères et Sœurs,

  1. 12. A la suite du Christ-Roi de l’Univers, je voudrais humblement placer mon ministère épiscopal à Kinshasa sous le signe de l’UNITE : Annoncer à temps et à contretemps l’Evangile pour unir le peuple de Dieu dans la vérité et le conduire au salut. Comme le dit Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, je serai « TOUT A TOUS pour en sauver sûrement quelques-uns. Et tout cela, je le fais à cause de l’Evangile afin d’en avoir ma part » (1 Cor 9, 22-23). C’est pour cette raison que j’ai changé ma devise épiscopale qui sera désormais : « Omnia omnibus », ce qui signifie « Tout à tous » « Mobimba mpo ya banso ».
  2. Oui, je serais parmi vous le Pasteur de tous et de toutes sans distinction ni exclusion. J’ouvrirai mon cœur pour écouter les doléances de tous et de toutes. J’étendrai mes bras pour accueillir tous et toutes. J’ouvrirai mes mains pour servir tous et toutes. Oui, libre à l’égard de tous, je serai au service de tous et de toutes. A la suite du Christ Bon Pasteur, je me mettrai à l’écoute des appels du Peuple de Dieu qui sont aussi les appels de Dieu lui-même, afin d’accompagner, de réconforter, de soulager et d’affermir sa foi. Serviteur de l’unité du peuple de Dieu, je travaillerai sans relâche à proclamer l’Evangile de la joie de notre Seigneur dans la proximité avec ceux qui sont dans la pauvreté et l’exclusion, ceux qui aspirent à la justice et à la libération, ceux qui militent pour la sauvegarde de la dignité humaine et la promotion de la paix et ceux qui s’investissent pour la protection des familles, sanctuaire de la vie et la promotion de l’éducation de qualité, gage pour un meilleur avenir.
  3. 14. Ce programme pastoral, nous allons le mener ensemble en travaillant main dans la main pour une Eglise réellement synodale à tous les niveaux : diocèse, doyennés, paroisses et CEVB. Nous veillerons ensemble à l’effectivité et à la viabilité des structures d’organisation pastorale. Je lance un appel pressant à mes chers prêtres pour former autour de l’archevêque un presbyterium uni et sans faille. Une véritable unité fondée sur notre participation à l’unique et même sacerdoce du Christ. Une véritable unité qui se manifeste par une fraternité vraie et une charité non simulée. J’invite tous les agents pastoraux et tout le peuple de Dieu qui est à Kinshasa à développer un sens profond d’appartenance à la grande famille diocésaine et à promouvoir ainsi l’esprit de collaboration/communion sans aucune discrimination de province, d’ethnie, d’opinion politique, de condition sociale et économique. Que chacun et chacune dans la diversité de nos ministères, de nos charismes, de nos engagements, de nos opinions, de nos conditions de vie, puisse se sentir chez soi dans cette Eglise Famille de Dieu. Chacun pourra ainsi apporter sa contribution à la construction de cette grande Famille qui est à Kinshasa. Certes, la première responsabilité de l’unité et de la communion dans l’œuvre pastorale repose sur l’Archevêque que je suis. Mais il est aussi important que tous en Eglise puissent se sentir coresponsables de sa 14 croissance, c’est-à-dire « coopérateurs de Dieu » comme le dit Saint Paul (1 Cor 3,9). Plus nous serons unis, plus nous serons forts. Plus nous serons forts, plus nous irons loin dans l’annonce de l’Evangile du Christ Roi de l’univers pour la transformation de notre société et la construction du Royaume de Dieu.
  4. C’est dans cet esprit d’unité et de communion que je lance un vibrant appel à la conscience patriotique de notre peuple à ne pas céder à la provocation et à la violence (surtout verbale) pendant cette période de campagne électorale. Une différence d’opinion politique ou de conviction religieuse ne fait pas de l’autre un ennemi à dénigrer où à abattre. En toute circonstance, nous devons apprendre à nous respecter en respectant l’autre dans sa différence légitime. Je termine en réitérant à tous et à toutes, l’expression de ma gratitude immense pour votre présence, votre soutien et votre contribution à l’organisation de cette célébration. Je confie ce projet pastoral à la prière de chacun et de chacune de vous. Que ce ministère pastoral que j’inaugure aujourd’hui en m’engageant à être « Tout à tous » puisse consolider la foi du peuple de Dieu qui est à Kinshasa afin de former cette communauté des frères et sœurs mus par la charité ardente et l’espérance vivifiante au service de l’annonce de l’Evangile de Jésus.
  5. Puisse la Vierge Marie, Reine de la paix et Notre Dame du Congo obtenir de son Fils, pour nous tous et pour notre cher pays en ce moment si décisif de son histoire, un avenir de réconciliation et de paix. Et que la Trinité Sainte : Père, Fils et Esprit, soit le fondement de l’unité de notre Eglise et de son rayonnement aujourd’hui, demain et toujours.

Amen !

Donnée à Kinshasa, le 25 novembre 2018

En la Solennité du Christ-Roi de l’Univers

+ Fridolin AMBONGO BESUNGU, ofm cap

Archevêque Métropolitain de Kinshasa

CECOS- CENCO

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