Homélie du 16 mars en mémoire des victimes de la répression du 25 février 2018
19 mars 2018
CECOS - CENCO (23 articles)
0 comments
Share

Homélie du 16 mars en mémoire des victimes de la répression du 25 février 2018

Une célébration eucharistique a eu lieu vendredi 16 mars 2018 en la cathédrale Notre Dame du Congo en mémoire des victimes de la répression violente de la marche pacifique du 25 février dernier par les forces de l’ordre. Il s’agit de Rossy Mukendi Tshimanga abattu à Kinshasa et d’Eric Boloko à Mbandaka le jour de cette manifestation pacifique organisée par le Comité Laïc de Coordination, CLC, pour dire non à la dictature en RDC.

Nous vous proposons l’intégralité de l’homélie faite à cette occasion par l’Abbé Jean-Marie Konde, prêtre de l’archidiocèse de Kinshasa :

HOMÉLIE LORS DE LA MESSE DES MARTYRS DU 25 FÉVRIER VENDREDI 16 MARS 2018 A LA CATHÉDRALE ROSSY ET ERIC

Première Lecture : Sagesse 2,1–22.

Évangile : Jean 7,1–30.

Nous vivons dans un monde où l’intérêt personnel trouve plus de considération que le sacrifice. C’est pourquoi les héros sont minimes par rapport aux  jouisseurs de la vie d’une vie facile. Ceux-ci prennent leur temps à collaborer avec l’injustice et le mensonge sans gâcher leur réputation, leur poste ou leur futur. Les vrais chrétiens, qui vivent l’évangile, sont exposés à la persécution. C’est vrai que parfois cela n’est pas perceptible en apparence. Mais une personne qui croit à l’évangile ne peut s’accommoder avec l’injustice. Voilà pourquoi, sans rien dire, le chrétien est un dérangeur de ceux qui veulent jouir des biens présents sans tenir compte des autres.

La première lecture de ce matin, texte de ce vendredi de la quatrième semaine de carême, nous présente ceux qui veulent profiter de la vie. Jouissons des biens présents disent-ils. C’est la règle des impies. Ils se sont libérés de la loi de Dieu et de leur conscience, ils s’éloignent de la vraie vie. Parce que la logique de leur esprit ne se limite qu’au ventre. Tout ce qu’ils peuvent imaginer ne sont que des projets pour maintenir une vie de profit. C’est ainsi que tout appel à la conscience et à la justice devient une menace à réprimer. C’est ainsi qu’ils deviennent amis de la mort. La mort, quand on s’en habitue, devient comme un jeu : détruire les autres pour garantir sa jouissance.

L’évangile revient à la même situation. C’est Jésus en bute contre ses compatriotes. Tout ce qu’il dit et tout ce qu’il fait est interprété férocement. Mais il y a une vérité dans la vie de Jésus : il répond à une mission. Il suit son parcours sans se laisser influencer par les commérages ou les fulminations des tiers. C’est ce qu’on peut nommer la cohérence : suivre le chemin de la vérité et de la justice nous oblige à nous sacrifier pour les autres. Le Père a envoyé son Fils pour apporter au monde le salut. Le Fils dans une obéissance sans faille ne se laisse circonvenir par ceux qui ne comprennent pas sa mission.

Quand l’insensé monte ses stratégies pour jouir, il oublie l’expérience de l’usure qui entache la vie humaine : “Celui qui sème dans sa chair en récoltera corruption et mort” (Ga 6,8). C’est pourquoi il est souhaitable de s’engager pour le bien de tous. L’on ne peut jamais se réjouir quand on est devant la misère qui enveloppe le visage du pauvre injustement ramolli.  Comment se blaser face à l’indigence qui emprisonne le cœur de l’homme politique aliéné par le miel d’une richesse mal acquise ? Comment se taire à coté de la manipulation à des fins insensées qui torture l’espoir de la jeunesse par des miettes de billet de banque ? Comment garder sa quiétude dans un environnement qui ne vous présente que des spectacles épouvantables quand il s’agit de revendications? Il est impossible d’être indifférent.

Nous sommes revenus pour la troisième fois dans cette cathédrale pleurer et célébrer nos martyrs. Nous les pleurons parce qu’ils ne sont plus. Nous les célébrons parce qu’ils sont vivant à jamais dans l’histoire de ce pays. Ils ont provoqué une douleur atroce dans nos vies. Ils ont aussi consolé notre souffrance face à la recherche de la liberté. Les chrétiens sont tombés pour la troisième fois. Trois est un signe le plus sacré des chiffres. Par les trois marches, les chrétiens ont invoqué la Sainte Trinité source de toute force pour consolider ce qu’est l’homme : âme-esprit-corps. Comme suivi dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus vient de Celui qui est Vrai (Jean 7,28). Le Père qui a envoyé le Fils lui rend témoignage à trois reprises: lors de son Baptême au bord du Jourdain (Mt 3,17), sur le Thabor lors de la Transfiguration (Mt 17,5); et au Temple lors de la dernière Pâque, en présence des Gentils venus pour faire la connaissance de Jésus (Jn 12,28). Jésus à son tour demande trois fois l’unité des chrétiens dans son dernier discours aux apôtres : Je ne suis plus dans le monde, mais eux restent dans le monde alors que moi je retourne vers toi. Père Saint, garde-les en ton Nom, celui-là même que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous (Jn 17,11.21.22).

A trois reprises les chrétiens ont marché pour s’élever au niveau supérieur des tourments de ce monde comme le Christ a vaincu les trois tentations dans le désert (Lc 4,2). Par ces trois marches pacifiques nous avons rendus en acte les trois années du ministère public de notre Seigneur Jésus. Ils sont tombés trois fois les chrétiens dans ces trois marches pacifiques à la manière du Christ qui tombe trois fois sur le chemin de calvaire. N’est-ce pas que les trois marches par des chrétiens ayant chapelets et crucifix symbolisent les trois jours durant lesquels Marie et Joseph sont partis chercher leur fils au temple (Luc 2,46) ? Nos trois marches pacifiques sont des offrandes pour remettre tout pouvoir à Dieu de notre espérance comme les trois mages qui offrirent à l’Enfant-Roi de l’or, de l’encens et de la myrrhe(Mt 2,11). I Jean 5, 8 nous révèle les trois témoins terrestres qui sont l’Esprit, l’eau, le sang. Nous vivons de  cet Esprit de Dieu, nous avons été plongés dans les eaux du baptême et le sang des martyrs ensemence l’église.

Finalement ces trois marches ont renforcé en nous les trois vertus théologales: la Foi, l’Espérance et la Charité parce que celui qui nous appelle est Voie, Vérité et Vie.

C’est cette force mystérieuse qui se cache dans le cœur des chrétiens qui les tient debout. Ils proposent toujours une arme en apparence faible mais qui bousculent les armes de guerre. C’est parce que nous n’offrons pas notre vie pour défendre un individu ou une idéologie. Le combat du chrétien est pour l’amour. L’amour qui est mal compris chez ceux qui sont obscurcis par les jouissances d’un avantage frivole. Le mal de notre temps est l’accumulation de richesse sans une règle éthique. Nous chrétiens devons opposer la reconstruction des valeurs dans la justice, la vérité et l’amour.

Nous aimons notre pays. Chaque congolais apprend depuis sa naissance que le pays est trop riche. Il parait que c’est la cause de toutes les convoitises de toutes les nations sur le Congo. Il y a des questions que nous devons nous poser : y a-t-il des nations qui nous ont interdit de respecter nos propres lois ? Existe-t-il des nations qui nous empêchent d’assainir notre ville, d’éclairer nos villes, de distribuer en temps réel l’eau potable dans tous le sol congolais, d’avoir des routes et des ponts reliant toutes les villes et tous les villages de notre pays ? Nous continuons à nous demander : qui nous empêche d’être heureux ? Nous ne sommes pas ennemis les uns contre les autres. Nous sommes tous citoyens de ce pays. Nous sommes tous citoyens de ce continent africain. Nous sommes tous citoyens de l’humanité. Pourquoi nous continuons à nous entretuer ? L’homme congolais, par sa nationalité naturelle ou acquise, doit s’interroger sur son identité. Les divisions n’apporteront rien sur ce sol du Congo. Elles engendreront, au contraire, des multiples divisions plus nuisibles dans l’avenir. Puisse chacun selon sa responsabilité s’engager davantage, comme le Christ, à promouvoir le bonheur des autres dans notre pays.

Pour ce faire, nous continuons à prier pour nos institutions étatiques. Qu’elles s’engagent d’avantage pour restaurer la paix dans tout le territoire congolais. Que le principe « zéro mort » édicté par la police nationale s’incarne en réalité dans notre Pays. Que Dieu sème davantage l’attention dans chaque cœur des congolais comme remarquée chez nos frères de la diaspora qui ont contribué pour les funérailles de notre frère Rossy Tshimanga tombé le 25 février dernier. Nous n’oublions pas notre frère Eric tombé le même jour à Mbandaka.

Le 21 janvier, parmi ceux qui étaient, nous avons observé une figure d’une contemplative (Thérèse). Rossy qui meurt le 25 février a prévenu par des différents actes sur le sens de son martyre. Pour ceux qui sont capables de voir au-delà du perceptible, Rossy est le sang qui vient remplir le gobelet contenant le sang de tous les martyrs tombés pour la justice et la liberté dans cette période de crise que notre pays traverse. Car, comme Etienne qui pouvait voir les anges pendant son martyre, Rossy, par sa foi, nous a laissé tant de messages. Nous citons quelques uns trouvés sur son mur facebook :

–          le 4 janvier 2016 à 15h03 : Heureuse fête des martyr de l’indépendance…et bientôt ce pays créera les nouveaux martyrs dans la lutte pour la survie de la démocratie en 2016…

–          le 13 mai 2016 à 13h24 : pour les générations futures, je propose…la construction d’un mémorial de l’intolérance à Béni.

–          le 25 mai 2016 à 19h29 : La rue n’est pas une Tombe…c’est le cercueil du dictateur !!! Congolais j’ai fait le serment de liberté pour léguer à la génération future une nation viable et fiable !!! Ensemble nous vaincrons !!!Patience la dictature tombera !

–          le 26 mai 2016 à 10h11 : le destin d’un peuple se décide en un jour…je ne veux pas être seulement homme de pensée. Je veux aussi agir.

–          le 26 mai 2016 à 10h29 : j’ai compris une chose…la patrie c’est la terre de mes ancêtres…qui viole la constitution crache sur la tombe de mes ancêtres.

–          le 27 mai 2016 à 10h59 : le peuple gagne toujours

–          le 16 juin 2016 à 9h40 : je crois qu’il est temps pour moi de passer à une nouvelle vie, vivre une nouvelle expérience, respirer un vent nouveau, dire des choses nouvelles avec amour et compassion, vivre, partager et aimer…vivre autrement, vivre nouvellement… bientôt

–          le 9 février 2017 à 17h46 : Ne mourrez pas de malaria, du sida ou d’ébola c’est une mort inutile…mourrez pour la liberté. C’est une mort réfléchie. « Dulce et decorum est pro patria mori ». Comme il est doux et glorieux de mourir pour sa patrie. La peur a changé de camps…la victoire est certaine. Un Congo libre c’est possible.

–          le 26 mai 2017 à 11h17 : pas d’histoire sans historien, pas d’action sans acteurs… pas d’avenir sans le peuple…pas de changement sans sacrifice… pas de Congo sans congolais !!!

Nous clôturons notre méditation de ce jour en souhaitant le repos éternel de tous les martyrs du dimanche 25 mars, la paix durable à notre pays, l’amour à tous les acteurs décideurs de l’avenir de notre pays. Cessons de nous entretuer. Nous insistons cessons de nous entretuer. Travaillons dans l’unité, l’amour et le pardon.

Puisse la Mère du Ciel intercéder pour la République Démocratique du Congo ! Amen.

Abbé Jean-Marie KONDE

CECOS - CENCO

CECOS - CENCO

Comments

No Comments Yet! You can be first to comment this post!

Write comment

Your data will be safe! Your e-mail address will not be published. Also other data will not be shared with third person. Required fields marked as *