LE «CRI DE DETRESSE» DE MGR MWANAMA, EVEQUE DE LUIZA
5 juillet 2018
CECOS - CENCO (186 articles)
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LE «CRI DE DETRESSE» DE MGR MWANAMA, EVEQUE DE LUIZA

 Mardi 3 juillet a été présenté au Conseil des droits de l’homme, à Genève, un rapport accablant sur le Kasaï. Ce document accuse les forces de sécurité congolaises et les miliciens Kamuina Nsapu de crimes contre l’humanité. Même s’il n’y a plus d’affrontements en tant que tels, la situation humanitaire reste inquiétante dans cette région de la République démocratique du Congo. Les évêques catholiques affirment que plusieurs milliers d’enfants risquent de mourir de malnutrition. Et Mgr Félicien Mwanama, l’évêque du diocèse de Luiza, dans le Kasaï central, craint que la saison sèche n’aggrave la situation. Il répond aux questions de Michel Arseneault.

RFI : Monseigneur Mwanama, vous avez déclaré que ce que vous avez vu, cela fait souffrir. Qu’est-ce que vous avez vu exactement ?

Félicien Mwanama : J’ai fait la visite pastorale de paroisses à l’intérieur de mon diocèse au mois de mai, la première fois que j’arrivais dans certaines contrées où s’étaient passées les violences des Kamuina Nsapu contre la population. Ce que j’ai observé est intolérable. Beaucoup d’enfants sont malnutris, beaucoup de femmes allaitantes sont malnutries.

Qu’est-ce qui vous a marqué plus particulièrement ?

La souffrance des enfants. Des enfants qui n’ont pas à manger, des enfants qui sont très maigres. Et vous voyez des plaies, des mouches dessus… Ils n’ont pas à manger. C’est ceux-là. Et surtout ces femmes sans chair – excusez-moi -, mais qui ont encore des enfants malnutris sur leur poitrine, cherchant comment les allaiter.

Qu’est-ce que les parents vous disent ?

Ce sont des conséquences des violences subies. Ils étaient en forêt, ils étaient en brousse… Ils n’ont pas semé. Ils étaient en errance en forêt et en brousse. Et durant les deux saisons normales des récoltes il n’y a rien eu et ils sont en train de subir ces conséquences.

Est-ce qu’il y a une histoire, quelque chose qui vous a plus particulièrement frappé ?

Quelque chose que je n’oublierai jamais c’est cette dame qui s’avance à l’hôtel, là où j’ai distribué la communion. Quand elle prend l’hostie, son enfant de moins de deux ans voulait aussi qu’elle partage avec elle l’hostie. Ce sont ces scènes-là qui m’ont marqué comme personne et comme évêque.

Vous avez dit quelque chose ?

La maman sait qu’on ne peut pas donner la communion à l’enfant, elle a mangé seule. Mais j’ai compris à travers la demande – le mouvement de l’enfant, qui avait faim et soif –, qu’il fallait d’abord penser à toutes ces souffrances-là.

Dans quelle mesure la saison sèche pourrait-elle aggraver la situation ?

On peut encore, pendant la saison des pluies, manger des fruits qu’on trouve dans les forêts et ici, chez nous, dans la savane. Pendant la saison sèche, ces fruits disparaissent. Il n’y a même pas de légumes. Il faudra attendre le début de la saison des pluies pour vivre, peut-être, des sauterelles et d’autres aliments que la nature nous donne.

Unicef a déjà attiré l’attention sur la situation de 400 000 enfants, début mai. Pourquoi l’aide humanitaire tarde-t-elle tant à arriver ?

C’est la question que je continue de me poser. Et là où il y a eu de l’aide, elle se limitait dans de grands centres, dans des villes. A Kananga, à Mbuji-Mayi, ou bien à Tchikapa, là où il y a des aéroports et des aérodromes. Nous, nous sommes loin des villes. Nous sommes un peu marginalisés. C’est dans ce sens que je lance ce cri de détresse.

Vous diriez que votre diocèse est pénalisé du fait de l’éloignement des grands centres ?

Il y a ces distances. Au début on a cru que les violences existaient encore dans le diocèse de Luiza, mais j’ai eu la preuve du contraire. En partant d’un bout à l’autre en voiture il n’y avait pas de violences. La situation s’est normalisée et l’assistance n’est toujours pas arrivée dans tous ces coins.

J’ai eu une petite aide, mais insignifiante d’ActionAid, des corps d’aide de CRS, Caritas Congo, à trois endroits différents. Mais qu’est-ce que c’est ? On apporte des articles ménagers à des familles, à 200 ou 300 familles. Mais quand je vous parle de mon diocèse, il s’agit des 2 300 000 habitants d’après les dernières statistiques. Donc, ces organismes qui sont intervenus sur ces trois points, c’était vraiment une goutte d’eau dans la mer de misère de la population.

Qu’est-ce que vous pouvez dire à vos paroissiens pour les encourager à garder espoir, malgré tout ?

Ce cri que je fais entendre c’est pour leur donner espoir. J’espère qu’il y a des organismes qui vont comprendre ce que je suis en train de dire. J’aime répéter que nous partageons la même humanité. Pourquoi dans certains coins on se presse d’amener de l’aide et ici, chez moi, depuis qu’il y a eu toutes ces violences, on n’a pas été assistés à la hauteur de notre souffrance.

Nous parlons pour que les organismes internationaux, ceux des Nations unies, puissent venir au secours de cette population. J’insiste aussi pour qu’il y ait une certaine solidarité entre ceux qui souffrent et ceux qui ont réussi quand même à trouver quelque chose de gauche à droite. C’est ainsi que toutes mes religieuses, les religieuses qui travaillent dans mon diocèse – six congrégations, plus de 343 membres -, apportent un peu de soulagement. Elles sont en train d’identifier tous ces malnutris, dans l’espoir que ce cri de détresse sera entendu et qu’on pourra amener l’aide voulue. Le Saint-Siège nous a encouragés dans cette opération avec un peu d’aide. C’est cela qui nous permet, avec ces religieuses, de faire ce service d’identification et d’assistance préliminaire.

Source: RFI

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