MESSAGE DE L’ASSEMBLÉE ÉPISCOPALE PROVINCIALE DE BUKAVU
22 mai 2018
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MESSAGE DE L’ASSEMBLÉE ÉPISCOPALE PROVINCIALE DE BUKAVU

ASSEMBLÉE ÉPISCOPALE PROVINCIALE DE BUKAVU

(ASSEPB)

B.P. 3324 BUKAVU

République Démocratique du CONGO

 Nous refusons de mourir 

« Non je ne mourrai pas je vivrai » (Ps 117,17)

Message des Évêques membres de l’ASSEPB aux fidèles catholiques, à la population congolaise et aux hommes de bonne volonté

Préambule 

  1. Nous, Archevêque et Évêques membres de l’Assemblée Épiscopale Provinciale de Bukavu (ASSEPB), avons tenu notre session ordinaire à Goma du 14 au 20 mai 2018. Nous saluons les fidèles chrétiens du diocèse de Goma ainsi que tous nos frères et sœurs congolais du Nord Kivu. Nous remercions la communauté ecclésiale et citoyenne de l’accueil chaleureux réservé à notre délégation par l’Evêque du diocèse de Goma, les fidèles catholiques, ainsi que par les autorités publiques.
  1. Nous avons particulièrement apprécié la visite du Vice-Gouverneur du Nord Kivu ainsi que du président de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENl).
  1. Nous avons passé entre autres en revue, la situation socio-pastorale de nos différents diocèses, notamment les joies et les peines des populations en général et des fidèles chrétiens en particulier. La présente exhortation est le fruit de ces échanges entre nous.
  1. Nos joies 
  1. Nous, vos Pasteurs, sommes témoins de la croissance spirituelle et du désir de promotion humaine de nos populations à travers différentes localités du Nord Kivu, du Sud Kivu et du Maniema. Nos voyages apostoliques se fixent pour objectif d’annoncer le Christ ressuscité qui donne vie. La joie pascale continue, en effet, à maintenir le feu de l’Esprit au milieu de nos cendres, comme en témoigne la construction de la cathédrale dans le diocèse de Goma. De manière particulière, nous gardons en mémoire la participation massive des jeunes aux Journées diocésaines des jeunes telles que celle de Goma qui a rassemblé jusqu’à 23.000 jeunes de différents diocèses de I’ASSEPB ainsi que des pays voisins. C’était le 25 mars 2018, le dimanche des rameaux marquant le début de la semaine sainte.
  1. Nous nous réjouissons pareillement, sur le plan social, de l’amélioration de la voirie urbaine dans certaines de nos villes parmi lesquelles Goma et Kindu.
  1. Sur le plan sécuritaire, une relative tranquillité est palpable dans quelques localités et favorise le déplacement des populations dans le train quotidien de lutte pour la survie, notamment autour de Bukavu et de Mwenga et, depuis quelques semaines, dans la plaine de la Ruzizi.
  1. Surtout, nous nous félicitons du respect du calendrier par la classe politique congolaise sur les dates précises des élections générales, fixées au23 décembre 2018. Encore qu’au regard de certains atermoiements et de certaines manœuvres dilatoires, il n’y a guère de garantie que ces élections auront bien lieu sans entraves aux dates programmées ! Tenons bon et allons vite aux élections (Cf. Message de la CENCO).
  1. Nos inquiétudes 
  1. a) Tentatives du démembrement du Nord-Kivu 
  1. De façon particulière, dans le Nord Kivu, une certaine tendance politique, aux intentions sans doute inavouées, est en train de pousser au morcellement et à l’éclatement de la Province, pour ses intérêts particuliers, au mépris de la volonté de la population soucieuse de l’unité de la province dans une RD Congo unie, on risque d’aller vers l’émiettement de tout le pays I En plus, cette initiative pernicieuse ne donnerait-elle pas un mauvais signal politique pour l’ensemble du pays: l’institutionnalisation de l’esprit de tribalisme, de division et d’exclusion qui relève de la même logique que celle de la sécession ?
  1. Enfin, n’y a-t-il pas danger d’attiser les rivalités interethniques avec ce que cela pourrait entraîner comme violence, purification ethnique et autres crimes contre l’humanité généralement liés aux situations de guerre ? Cette dynamique pourrait aussi bien nous conduire au seuil des violences et atrocités comme on en a connu récemment ici et ailleurs: dans le territoire de Beni, en lturi, au Nord Katanga, au Kasaï, comme aujourd’hui encore, au sud soudan. Entretemps, les leaders promoteurs du projet seront à l’abri ailleurs, et de manière cynique, vous demanderont les nouvelles par téléphone. De là ils s’informeront sur le bilan pour voir l’usage politique qu’ils peuvent en faire afin de conquérir le pouvoir ou le conserver. A qui profite finalement cette manœuvre funeste ? Sans compter que cela risque de nous amener inévitablement à une révision constitutionnelle dont nous n’avons pas besoin !
  1. b) L’incurie générale dans la gestion de la chose publique 
  1. La politique économique de notre pays est toujours plus extravertie, organisée au détriment des congolais mais au profit des économies étrangères : les minerais sont pillés, les surtaxes par les agents publics étranglent et tuent l’économie congolaise avec une concurrence déloyale organisée par ceux-là même qui ont la charge de protéger ce peuple ! Tout cela entraîne la misère des populations congolaises et le banditisme de tout bord.
  1. Nous déplorons l’absence totale d’un état civil qui comme dans tout pays normal, recense régulièrement les citoyens suivant leurs lieux de résidence et qui en établit régulièrement les statistiques, tout simplement pour que le citoyen: soit reconnu comme tel, et pour que soient facilitées les prises de décisions rationnelles sur son bien-être. Mais sur ce chapitre, la vie, la sécurité et le bien-être de nos populations intéressent-elles vraiment nos dirigeants ? La population a le sentiment général d’être tout simplement abandonnée par ces mêmes dirigeants.
  2. Ne serait-ce pas là ce qui explique en partie, le conflit lié à l’implantation des populations en déplacement, en provenance de lieux inconnus dans la zone de Beni, et la déforestation du parc national de Virunga? Ces pratiques étranges sont révélatrices d’une grave lacune de notre administration.
  1. c) Le bradage des ressources naturelles du pays
  1. Le Congo est notre patrimoine commun. Mais nous regrettons qu’il y ait des leaders nationaux qui, au nom d’une certaine loi, vendent à des organisations étrangères Ie patrimoine hérité de nos ancêtres et que nous avons le devoir de léguer à notre postérité : terres, mines, puits de pétrole et autres. On dirait qu’ils sont occupés à solder notre pays.
  1. d) L’asphyxie de l’économie pour une fiscalité aberrante 
  1. L’incurie de l’administration publique dans la gestion du bien commun continue à mettre en péril le bien être sécuritaire, économique et social de la population. C’est le cas des surtaxes des produits nationaux qui découragent les entreprises locales et asphyxient, économie nationale au profit d’entreprises étrangères. Pendant ce temps, on assiste un peu partout à la dégradation des infrastructures routières, entrainant ainsi |a flambée des prix, l’appauvrissement croissant des populations et l’installation dans la population- d’un esprit passif d’attentisme du point de vue économique.
  1. e) La terreur active ou passive contre la population comme mode de gestion du pouvoir 
  1. L’insécurité permanente est causée par des groupes armés, des bandes criminelles de droit commun, le tout favorisé par une gouvernance flottante. De la sorte, la multiplication des exactions des bandes armées et des gangs sème la désolation sur l’ensemble du territoire en dépit d’une militarisation spectaculaire ainsi qu’on peut le voir dans les zones de Beni et de Butembo. Les prises d’otages à des fins crapuleuses de raquettes, l’enlèvement et la mutilation criminelle des enfants dans le territoire d’Uvira et de Fizi, l’assassinat à Kichanga (Nord Kivu) de

l’Abbé Etienne NSENGIYUMVA, le 8 avril 2018, ont provoqué en nous un grand émoi. Nous continuons à souffrir de l’absence parmi nous des Abbés charles Kipasa et Jean Pierre Akilimali enlevés à Bunyuka, le 16 juille’t 2017.

  1. De façon globale, nous déplorons l’enlisement de la situation sécuritaire et son pourrissement qui mettent en péril la vie collective de notre peuple. Nous refusons de mourir, nous récusons à quiconque le droit de nous étrangler « Non je ne mourrai pas, je vivrai et je publierai l’œuvre de Dieu ». (Ps 117 ,17).
  1. Que pouvons-nous encore espérer? Compter sur nos dirigeants ? Nous Ieur avons déjà parlé une multitude de fois, « (…) ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas »‘ » (cf. Jr.5, 21) ! Mais, tout ce qu’il est possible de faire, nous nous devons de le faire. Nous ne devons pas céder au fatalisme. Il est temps d’écrire notre propre histoire. Travaillons ensemble à bâtir une nouvelle culture de paix, de citoyenneté et de fraternité en nous appuyant sur les richesses de notre diversité culturelle pour pouvoir repartir sur de nouvelles bases (cf. Ac’2’1-

11). Trois verbes s’inscrivent dans notre démarche : discerner, parler et s’engager: c’est-à-dire : observer attentivement, informer correctement et voter judicieusement.

 

lll. Recommandations

 

  1. Aux frères et sœurs congolais du Nord-Kivu et à toutes les communautés locales de notre Province ecclésiastique

 18.  Nous recommandons de promouvoir des mécanismes de prévention, de gestion et de résolution des conflits éventuels en cultivant ainsi un esprit d’estime mutuel, de justice, d’équité, de complémentarité, de saine émulation, de fraternité et de citoyenneté. Nous pourrons de la sorte vivre ensemble, en harmonie pour coopérer au développement commun, à la sauvegarde de l’intégrité territoriale dans un esprit de Pentecôte que nous célébrons aujourd’hui.

  1. A toute population congolaise en général :
  1. Notre pays est placé face à ses responsabilités, en ce moment décisif des élections générales. Comme souverain primaire, nous sommes en présence d’une classe politique tentée par le bradage de nos ressources, par l’incurie dans la gestion de notre patrimoine commun, par la compromission avec des prédateurs externes qui nous dépouillent et nous asphyxient. Restons vigilants et barrons la route à leurs plans obscurs. Nous vous invitons donc au discernement’ au débat démocratique constructif et à l’engagement politique efficace.

 

  1. Nous recommandons un ressourcement aux principes de l’enseignement social de l’Église, notamment: la dignité de la personne humaine, le bien commun, la justice sociale, la paix et le travail. Nous devons nous libérer de la peur de la mort, car le christ a vaincu la mort. Cultivons les valeurs chrétiennes de la gratuité et du sacrifice et restons vigilants dans la prière. Nous pourrons utilement prendre exemple sur les modèles de courage, d’héroïsme de nos Pasteurs martyrs, tels que Leurs Excellences Mgr Christophe MUNZIHIRWA et Emmanuel KATALIKO ainsi que

de Monsieur Floribert BWANA CHUI BIN KOSITI.

  1. Aux Commissions Diocésaines Justice et Paix de la Province ecclésiastique 
  1. Nous recommandons d’accompagner nos communautés chrétiennes et locales spécialement dans le processus électoral en cours, en matière de culture démocratique, d’analyse, de gestion et de résolutions de conflits locaux.

 

Conclusion

 Nous proclamons l’évangile du Christ qui a vaincu la mort et qui a rassemblé dans l’unité tous |es enfants de Dieu dispersés. « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn1.2, 32).

Puisse l’Esprit de Dieu, l’Esprit de Pentecôte raffermir notre foi en Jésus-Christ et nous guider dans notre engagement pour un Congo uni, fort et indivisible, toujours plus beau qu’avant et vivant dans la paix.

Donné à Goma, le 20 mai 2018, en la Solennité de la Pentecôte

S.E. Mgr MAROY RUSENGO François-Xavier,

Archevêque de Bukavu et Président de l’ASSEPB

S.E. Mgr KABOY RUBONEKA Théophile

Evêque de Goma

S.E. Mgr SIKULI PALUKU Melchisédech

Évêque de Butembo-Beni

S.E. Mgr NGUMBI NGENGELE Willy

Evêque de Kindu

 

S.E. Mgr LUBAMBA NDJIBU Placide

Evêque de Kasongo

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