« NE REPANDEZ PAS LE SANG! » : MESSAGE DE L’ASSEMBLEE EPISCOPALE PROVINCIALE DE KISANGANI:
5 mars 2018
CECOS - CENCO (197 articles)
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« NE REPANDEZ PAS LE SANG! » : MESSAGE DE L’ASSEMBLEE EPISCOPALE PROVINCIALE DE KISANGANI:

               « Ne répandez pas le sang ! »

(Gn 37,22)

MESSAGE DE L’ASSEMBLEE EPISCOPALE PROVINCIALE DE KISANGANI

AUX AGENTS PASTORAUX, AUX FIDELES CATHOLIQUES

ET AUX HOMMES DE BONNE VOLONTE

 

  1. Nous, Archevêque et Evêques, membres de l’Assemblée Episcopale Provinciale de Kisangani (ASSEPKIS), réunis en session ordinaire du 26 février au 1er mars 2018, profitons de ce temps de carême pour vous adresser nos salutations paternelles. Avant tout, nous vous assurons de notre sollicitude pastorale, en dépit de nombreuses violences qui secouent notre pays en général et notre Province ecclésiastique en particulier, en cette année électorale. En notre qualité de pasteurs et fidèles à la mission prophétique de l’Eglise dans le monde, nous vous partageons nos préoccupations sur la gravité de la situation et sur la nécessité de rester solidaires face à la crise actuelle en vue de la sauvegarde de la paix fort menacée un peu partout sur l’étendue de notre Province ecclésiastique. Lors de nos assises, la situation sociopolitique et sécuritaire a retenu particulièrement notre attention.

 DES FAITS CONSTATES 

  1. Des violences à grande échelle contre des communautés ciblées sur base d’appartenance ethnique se commettent en Ituri, avec des tueries, des incendies des maisons, des pillages, des destructions des habitations et des déplacements massifs de la population. Ces violences couvrent  la volonté cachée  d’opposer les ethnies les unes contre les autres et semblent destinées à vider ces espaces de leurs habitants pour des intérêts inconnus.
  2. Des groupes migrants étrangers armés, tels les Mbororo dans le Haut-Uélé et le Bas-Uélé, des soit disant « Banyabwisha » en Ituri, se déplacent avec de grands troupeaux de bêtes, en quête de terres arables ou de pâturage. Ces migrants s’installent et leur présence devient une menace permanente pour la population locale.
  3. Des groupes armés locaux (Maï-Maï, Simba, FRPI, etc.), étrangers (LRA) et d’autres non autrement identifiés sèment la désolation au milieu de la population par le vol, le viol, le pillage et la tuerie[1].
  4. Nous observons la présence massive des réfugiés centrafricains et sud-soudanais  dans le Haut-Uélé, le Bas-Uélé et l’Ituri dont le nombre dépasse  celui des familles d’accueil et des populations locales.
  5. La délocalisation et des projets de  délocalisation des populations locales  constituent à la fois une menace et un danger réel pour des populations  se trouvant dans les espaces protégés  des parcs de la Maiko et de la Lomami.
  6. Nous déplorons le banditisme à mains armées et la recrudescence de l’insécurité dans les milieux urbains et les zones d’exploitation des minerais.
  7. DES EFFORTS DE L’EGLISE
  8. Face à toutes ces inquiétudes, l’Eglise n’est pas restée indifférente et passive. Nous avons mené des plaidoyers auprès des autorités politico-administratives locales, provinciales et nationales avec des prises de position fermes devant les situations inquiétantes évoquées ci-haut en vue de rechercher des solutions durables et d’inviter la population à éviter de tomber dans la spirale des violences.
  9. Dans notre rôle d’éclaireurs des consciences, de guetteurs et de prophètes, nous avons dénoncé avec fermeté l’ambiguïté expressément créée et entretenue autour de l’identité des migrants et des acteurs de conflits qui ensanglantent notre Province ecclésiastique et jettent en émoi des populations entières dans certains milieux.
  10. Nous appuyons la prise de position de l’Evêque de Bunia, qui a élevé la voix pour alerter les instances locales, provinciales et nationales en vue de fixer clairement l’opinion publique sur la réalité autour des faits ambigus  et  la tragédie que vit la population dans le Diocèse de Bunia en Ituri[2].
  11. Nous saluons l’attitude de plusieurs chrétiens et des personnes de bonne volonté qui résistent aux manipulations et qui aident les membres des différents groupes menacés à échapper aux violences. Nous encourageons les familles chrétiennes et les communautés à continuer à exprimer leur solidarité aux personnes déplacées et aux réfugiés : « … J’étais un étranger et vous m’avez accueilli »(Mt 25,35c).
  12. Nous en avons appelé à la vigilance des chrétiens et des personnes de bonne volonté contre  l’instrumentalisation et la manipulation des populations à des fins inavouées.
  13. Nous apprécions à juste titre la prompte intervention des structures de l’Eglise (Caritas diocésaines, les Commissions Diocésaines Justice et Paix, les Associations des fidèles et les personnes de bonne volonté), pour soulager tant soit peu les populations victimes déplacées ou  réfugiées. Car, «si tu te prives pour l’affamé et si tu rassasies l’opprimé, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, et l’obscurité sera pour toi comme le milieu du jour » (Is 58,10).

III. DES RECOMMANDATIONS ET EXHORTATIONS

  1. Nous réaffirmons notre engagement à œuvrer pour la paix et à prêcher l’amour. Nous recommandons avec insistance :
  • Aux autorités nationalesde clarifier le statut des migrants étrangers dont la présence inquiète les populations autochtones et de prendre des mesures appropriées pour mettre fin aux  violences sous toutes ses formes ;
  • Aux autorités provincialesde rendre crédible et effective l’autorité de l’Etat là où elle est menacée de l’inexistence et d’assumer promptement leur mission régalienne  en vue de sécuriser les personnes, leurs biens et leurs milieux de vie ;
  • Aux Forces de l’ordrede savoir qu’elles partagent le destin commun avec la population qu’elles sont appelées à sécuriser ; de ne pas utiliser contre cette même population les moyens qu’elle a mis à leur disposition pour sa protection ; de répondre ponctuellement et avec efficacité aux besoins de la sécurisation des personnes, de leurs biens et de leurs milieux ;
  • Aux autorités coutumières locales de veiller à ce que les communautés ne succombent pas à la manipulation en faveur des violences dont les conséquences sont imprévisibles et incalculables pour tous ;
  • A la communauté internationale et aux gouvernants des pays étrangers, directement concernés par les mouvements migratoires et par les projets d’exploitation des ressources naturelles, de travailler avec l’Etat congolais pour le respect des droits des populations locales ;
  • Aux organismes humanitairesd’aider les populations déplacées à retourner rapidement et à se réinstaller chez elles pour leur permettre de se prendre elles-mêmes en charge.
  1. Nous exhortons:
  • Les leaders locaux, les acteurs politiques, l’élite intellectuelle  et les opérateurs économiques à travailler dans l’intérêt de leurs frères en toute transparence et à éviter la complicité dans le mal au détriment de leurs propres milieux.
  • Les jeunes qui sont l’espoir et l’avenir de la société à se garder de toute instrumentalisation, manipulation, ainsi que de toute âpreté au gain facile.
  • Les agents pastoraux à donner un témoignage fort de fraternité et de pardon, à être de vrais artisans de paix et à exprimer une solidarité sans discrimination aux personnes affectées par la crise.
  • La populationà utiliser avec discernement  les informations et les images qui circulent dans les réseaux sociaux ; à éviter d’adhérer à des mouvements mystico-spirituels qui prêchent la violence ; à rester debout et vigilante pour ne pas hypothéquer son avenir ni contribuer au blocage  du  processus électoral en cours ; et à sauvegarder la cohabitation pacifique chèrement acquise, particulièrement en Ituri meurtri par les violences de ces jours-ci.

CONCLUSION

  1. Nous rendons hommage à toutes les victimes des tragédies qui sévissent dans notre Province ecclésiastique et exprimons notre proximité et notre compassion aux familles affectées par cette crise multiforme.

Nous encourageons notre peuple à ne pas céder au découragement et au fatalisme dans son aspiration à la paix et à un aboutissement heureux du processus électoral en cours.

En cette période de marche vers Pâques qui marque la victoire de la vie sur la mort, du bien sur le mal, nous exhortons le peuple à la conversion sincère et à une confiance inébranlable en Dieu, Maître des temps et de l’histoire, et nous l’assurons de notre sollicitude pastorale.

Que, par  l’intercession de la Sainte Vierge Marie, Reine de la paix, et de la Bienheureuse Marie Clémentine Anuarite, Vierge et Martyre, Dieu bénisse et protège notre Province Ecclésiastique de Kisangani, ainsi que notre chère Patrie, la République Démocratique du Congo !

Fait à Kisangani, le 28 février 2018

L’ARCHEVEQUE ET LES EVEQUES MEMBRES DE L’ASSEPKIS PRESENTS A L’ASSEMBLEE ORDINAIRE DU 26 FEVRIER AU  1er MARS 2018

 

  1. S.E. Mgr MarcelUTEMBI Archevêque de Kisangani et

Président de l’ASSEPKIS

 

  1. S.E. Mgr JosephBANGA Evêque de Buta

 

  1. S.E. Mgr JanvierKATAKA Evêque de Wamba

 

  1. S.E. Mgr Julien ANDAVO Evêque d’Isiro-Niangara

 

  1. S.E. Mgr DieudonnéURINGI Evêque de Bunia

 

  1. S.E. Mgr EtienneUNG’EYOWUN Evêque de Bondo

 

  1. S.E. Mgr Sosthène AYIKULI Evêque de Mahagi-Nioka

 

  1. S.E. Mgr DieudonnéMADRAPILE Evêque d’Isangi

 

[1]Cf.  Notre Message « La vie humaine est sacrée » du 06 mars 2015, n. 1 ; Déclaration  de la Conférence Episcopale Nationale du Congo à l’issue de l’Assemblée Plénière Extraordinaire du 15 au 17 février 2018, n. 5, §3

 

[2]Cf. « Arrêtons les violences ! », Message de l’Evêque du Diocèse de Bunia, le 11 février 2018.

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