MESSAGE DE S.E. MGR DIEUDONNE URINGI, EVEQUE DE BUNIA SUR LA TRAGEDIE DE DJUGU EN PROVINCE DE L’ITURI/RD CONGO
12 février 2018
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MESSAGE DE S.E. MGR DIEUDONNE URINGI, EVEQUE DE BUNIA SUR LA TRAGEDIE DE DJUGU EN PROVINCE DE L’ITURI/RD CONGO

ARRETONS LES VIOLENCES

« Qu’as-tu fait de ton frère ? » (Cf. Gn. 4,10)

DENONCIATION DES FAITS

  1. Vers la fin du mois de décembre 2017, le processus de pacification était amorcé pour mettre fin au conflit interethnique renaissant entre les Hema et les Lendu dans le territoire de Djugu. Ce processus donnait une lueur d’espoir. Mais cette lueur d’espoir est brisée par les tristes événements du 2 au 10 Février 2018 : tueries des personnes dont la majorité est composée des femmes et des enfants, incendies des maisons, vol, déplacements massifs internes et externes des personnes, ouvrant la porte à une crise humanitaire et certifiant des violations graves des droits humains. Ces faits se sont produits principalement dans la chefferie des Bahema Nord, le secteur des Walendu Pitsi, le secteur des Walendu Tatsi, la Chefferie des Bahema Baguru, la Chefferie des Ndo Okebo, la Chefferie des Bahema Badjere, le secteur des Walendu Djatsi et le secteur de Baniari Kilo.
  2. Nous déplorons les pertes des vies humaines (plus de 60 morts), des biens, des maisons (plus de 000 habitations incendiées), la déstabilisation de la population (plusieurs milliers de déplacés internes dont 20.000 recensés par la Caritas Bunia et plus de 60.000 réfugiés en Ouganda). Plus ou moins 100 Ecoles vidées et désertées, 5 hôpitaux vidés et désertés…
  3. Nous regrettons que le peuple iturien n’ait pas tiré des leçons des souffrances récentes des guerres fratricides des années 1999-2003. Nous regrettons l’entêtement de certaines personnes de se laisser manipuler pour exciter, équiper, armer et tuer leurs frères et sœurs. Nous regrettons l’engouement de certaines personnes dans l’exploitation de la misère de leurs frères et sœurs pour leur positionnement et le gain d’argent facile. Nous regrettons également que les Gouvernants à tous les niveaux n’arrivent pas à arrêter ces violences et à punir leurs auteurs. Il y a lieu aussi d’exprimer nos inquiétudes par rapport à l’escalade des violences et l’embrasement rapide de tout l’Ituri en 9 jours. En fin de compte, nous regrettons le silence masqué de l’autorité en place et sa passivité face à cette situation ainsi que l’indifférence des Députés et Sénateurs de l’Ituri. Alors que la Police et l’Armée sont déployées dans la zone meurtrie, les attaques d’hommes et les incendies des villages se poursuivent et prennent de l’espace.

 CONDOLEANCES ET RECONFORTS A TOUTES LES VICTIMES

  1. Nous exprimons affectueusement notre compassion à nos frères et sœurs victimes de ces violences. Nous avons perdu nos membres de famille, nos maisons, nos biens et nos milieux naturels de vie. Gardons courage. « N’ayons pas peur » ; le Seigneur est avec nous tous !

NOTRE IDENTITE D’ENFANTS DE DIEU

  1. C’est pourquoi, au nom de notre foi en Jésus Christ et en tant que Pasteur propre de l’Eglise de Bunia qui est meurtrie dans ses membres, nous insistons pour que les chrétiens d’abord, et tous les hommes de bonne volonté ensuite, se rappellent ceci : l’être humain est créé à l’image de Dieu. Nous avons tous, sans exception, le devoir et l’obligation de protéger la vie que Dieu nous a donnée. De plus, Dieu nous a établis pour vivre en frères et sœurs car il est beau pour des frères de vivre ensemble et de s’aimer. Oui, nous sommes responsables des uns et des autres. Ainsi, Dieu nous demandera toujours comme il l’a fait à Caïn : « Où est ton frère ? Qu’as-tu fait de ton frère ? » (Cf. Gn 4,9-10). En effet « la vie humaine est sacrée et inviolable. Le droit civil repose sur la reconnaissance de ce droit à la vie, primordial et fondamental et qui n’est subordonné à aucune condition ni qualitative, économique, ni idéologique » disait le Pape Benoît XVI le 2/4/2014. La Déclaration Universelle des droits de l’homme et la Constitution de la République démocratique du Congo sont unanimes sur ce point : personne n’a le droit d’ôter la vie de quelqu’un car la vie humaine est sacrée (article 16 de la Constitution de la République démocratique du Congo). A plus forte raison, les chrétiens, affiliés au Christ, premier-né d’une multitude des frères par le baptême, doivent témoigner de la sacralité de la vie. Nous sommes tous frères ; nous avons un seul Seigneur, une seule foi, un seul Baptême, un seul Dieu et Père. Pourquoi nous entretuer ? Nous n’avons pas été baptisés au nom de nos tribus, mais au nom de la Sainte Trinité. Et cette fraternité baptismale est plus forte que notre fraternité biologique et ethnique.
  2. Eu égard à ce qui précède, nous désapprouvons et condamnons avec force ces actes ignobles qui humilient notre société, déshonorent voire déshumanisent l’homme et ternissent l’image de Dieu en lui. Nous fustigeons l’instrumentalisation des sensibilités ethniques à Djugu qui ne peut avoir pour but que de diviser pour régner.

 RECOMMANDATIONS

A cet effet, nous formulons des recommandations urgentes à nos frères et sœurs, à tous les hommes de bonne volonté et aux Gouvernant :

7. Ituriens et habitants de Djugu en particulier,-Sauvons notre fraternité pour construire ensemble non seulement notre Diocèse et notre jeune Province, mais encore notre cher pays la République démocratique du Congo ;                                                                      -Ne suivons pas les prédateurs qui nous opposent pour régner ;  -Dénonçons les manipulateurs qui nous instrumentalisent pour leurs intérêts égoïstes ;  -Ne cédons pas à l’esprit de vengeance, de violence, de haine et de ressentiment identitaire ;                              -N’adhérons pas au plan machiavélique des planificateurs qui ne cherchent qu’à satisfaire leurs appétits gloutons en nous imposant des misères ; -Ne nous soumettons pas aux mouvements spirituels qui diffusent la division, la haine, la vengeance, le terrorisme et la guerre.

  1. A vous, nos frères et sœurs semeurs de la désolation et de la mort dans le territoire de Djugu et dans tout l’Ituri :    – Arrêter de semer la désolation et la violence, la haine fratricide et incendiaire qui ne vous profite en rien : vivez plutôt dans la joie et l’amour avec vos frères et sœurs ;  -Faites votre examen de conscience et revenez au bon sentiment : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne nouvelle » (Mc 1, 15) ; – Ne cédez pas aux manipulations et instrumentalisation de ce monde.

 9. Policiers et soldats du peuple, sécurisez les personnes et leurs biens en toute impartialité.

10. Et vous les jeunes, ne vous laissez pas tenter de reprendre les armes ; extirpez en vous l’esprit de vengeance et de tribalisme et de l’ethnicisme ; ne vous laissez pas récupérer par des idéologies contraires à la paix et au développement.

11. Honorables Députés et Sénateurs, il est un devoir impérieux pour vous de faire un plaidoyer urgent à l’Assemblée nationale et à l’Assemblée provinciale pour diligenter une enquête parlementaire sur les atrocités commises à Djugu.

12. Excellence Monsieur le Premier Ministre et Excellence Monsieur le Gouverneur, vous qui avez la gestion de la chose publique, le peuple qui est en Ituri attend que vous montriez votre bonne volonté et votre capacité de gouvernance : .en pacifiant dans le meilleur délai la zone troublée, .en prenant en charge les déplacés internes et les survivants de toutes ces atrocités,               .en recherchant et en punissant les acteurs de ces violences, . et en prenant des mesures efficaces pour éviter à jamais de telles hostilités.

13. Nous ne pouvons ne pas rappeler à la MONUSCO de s’acquitter adéquatement de son mandat de stabilisation et protection des civils dans le Territoire de Djugu qui en a tant besoin.

  1. Face à la crise humanitaire, nous en appelons à l’intervention des organisations membres du réseau Caritas, des Humanitaires et des autres Organisations tant nationales qu’internationales ainsi qu’aux Agences des systèmes des Nations Unies.

 15. En dépit de cette situation macabre, nous saluons et encourageons tous les acteurs de paix pour les initiatives qui nous donnent des raisons d’espérer. En effet, ces atrocités, qui succèdent à celles de Tanganyika, du Nord-Kivu et des Kasaï, ne sont pas une guerre interethnique mais le fruit de l’instrumentalisation et de manipulation d’une clique de quelques Ituriens et autres.

 

  1. Que la Sainte Vierge Marie, Reine de la Paix, Mère du désarmement et Mère de l’humanité intercède pour notre Diocèse, notre Province de l’Ituri et notre pays, la République démocratique du Congo.

 

Fait à Bunia, le 11 février 2018

Mgr Dieudonné Uringi

Evêque de Bunia

 

 

 

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