Mgr Donatien Bafuidinsoni : « Comme coadjuteur, sa spécificité c’est le droit de succéder à l’évêque diocésain »
27 mars 2018
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Mgr Donatien Bafuidinsoni : « Comme coadjuteur, sa spécificité c’est le droit de succéder à l’évêque diocésain »

Le Saint-Père a nommé le 06 février 2018 Monseigneur Fridolin Ambongo Besungu, Archevêque coadjuteur de l’archidiocèse de Kinshasa, en le transférant du siège de Mbandaka-Bikoro. Laurent cardinal Monsengwo Pasinya, archevêque métropolitain,  l’a présenté aux fidèles de l’archidiocèse de Kinshasa le dimanche 11 mars 2018. C’était lors d’une célébration eucharistique en la cathédrale Notre Dame du Congo. Quelles sont les charges de l’archevêque coadjuteur ? Quand va-t-il succéder à l’actuel archevêque, le cardinal Monsengwo, à la tête de l’archidiocèse de Kinshasa ? C’est à ces questions et bien d’autres que répond Monseigneur Donatien Bafuidinsoni, évêque auxiliaire de Kinshasa et canoniste.

Monseigneur Donatien, Comment avez-vous accueilli la nomination de Mgr Fridolin Ambongo comme Archevêque coadjuteur à Kinshasa ?

Mgr Donatien B. : Il est évident que, c’est depuis quelques années qu’on attendait une probable nomination dans l’archidiocèse de Kinshasa parce que Son Éminence le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya avait atteint l’âge de la retraite, 75 ans et aujourd’hui il a 79 ans et donc l’année prochaine 80. Donc, il était temps qu’on se prépare à une nomination pour quelqu’un qui le remplacerait dans la conduite pastorale de l’archidiocèse de Kinshasa.

Aviez-vous pensé un jour qu’on nommerait quelqu’un de loin, c’est-à-dire de Mbandaka et non de Kinshasa ?

Mgr Donatien B. : Dans ces affaires-là, il ne faut même pas penser à cela. C’est une nomination venue de Vatican, c’est-à-dire du pape. Et je crois que comme vous l’aviez remarqué le 11 mars, nous étions en liesse, dans la joie, et cette nomination nous a rendus tous heureux, contents. Nous l’avons exprimé le jour où Mgr Fridolin est arrivé à Kinshasa. Nous sommes allés l’accueillir à l’aéroport et nous nous sommes arrêtés un temps à la paroisse Saint Raphael pour  prier. Et le Cardinal étant absent, au nom du clergé et des chrétiens, j’ai exprimé le sentiment qui animait les évêques auxiliaires, les prêtres pour dire  à Mgr Fridolin que c’est avec joie que l’avions accueilli et l’accueillons dans l’archidiocèse de Kinshasa pour accomplir sa mission d’archevêque coadjuteur de l’archidiocèse de Kinshasa.

Comme l’archevêque coadjuteur est déjà là, certains disent que le cardinal doit s’effacer et partir pour laisser la place, comment est-ce que ça se passe entant que canoniste ?

Mgr Donatien B. : Je le disais, quand on a atteint 75 ans, tout évêque doit présenter au Pape sa démission. Et donc c’est au Pape d’accepter la démission. Tant que le Pape n’a pas officiellement accepté cette démission, l’évêque reste en fonction.  Aujourd’hui, nous avons un coadjuteur, il va travailler avec l’archevêque et nous tous, évêques auxiliaires, prêtres, etc. jusqu’au moment où le Pape va dire bon voilà, maintenant j’accepte officiellement votre démission et alors, il va se retirer.

Donc d’office, c’est Monseigneur Fridolin Ambongo qui sera le prochain cardinal ?

Mgr Donatien B. : Ça, on ne peut pas dire. Mais comme Archevêque de Kinshasa, ça c’est sûr parce que comme coadjuteur, il a droit à la succession. Mais la création d’un cardinal dépend du Pape.

Donc le Pape est libre, il peut prendre un autre archevêque de la RDC ?

Mgr Donatien B. : Je ne peux pas répondre à votre question. Mais il est évident que, étant donné la tradition qui s’est créée dans l’archidiocèse de Kinshasa, nous avons déjà eu trois cardinaux : le cardinal Malula, le cardinal Etsou et aujourd’hui le cardinal Monsengwo, il est fort probable que Mgr Fridolin Ambongo devienne un jour cardinal de l’Eglise catholique.

Mgr Fridolin Ambongo est nouveau venu dans l’archidiocèse de Kinshasa, il vient rejoindre votre équipe. Comment entendez-vous travailler avec lui ?

Mgr Donatien B. : Bon, moi je dis que nous travaillerons selon les normes de l’Église. Dans le droit canonique, on sait qu’un évêque coadjuteur a droit à la succession, les autres évêques auxiliaires travaillent en collaboration avec l’évêque diocésain et l’évêque coadjuteur  dans la mission qui est la leur.  Donc, chacun a sa manière de travailler mais je crois que nous respecterons les normes de l’Église. Nous savons que comme il est venu, comme il a été nommé archevêque coadjuteur, il a droit à la succession du cardinal, donc de l’archevêque et nous allons continuer à travailler comme nous travaillons. Mais évidemment, chacun vient avec son style, sa vision des choses. Et alors, c’est avec un même cœur, avec un même esprit parce qu’il faut être en communion et être capable de collaborer d’après la vision aussi bien des prédécesseurs que de celui qui est là ou qui viendra.

En l’absence du cardinal, lorsqu’il faut prendre position ou une décision dans l’urgence, Mgr Ambongo comme coadjuteur peut-il décider au nom du cardinal ?

Mgr Donatien B. : Normalement, quand le cardinal est absent de l’archidiocèse, c’est lui qui devient le premier. Et donc, s’il y a des décisions à prendre, en cas d’urgence et que le cardinal n’est pas joignable, il peut prendre des décisions.

Quelles sont les taches pastorales d’un évêque coadjuteur ?

Mgr Donatien B. : D’abord, c’est un évêque et il doit faire son travail d’évêque. Comme coadjuteur, il faut remarquer que sa spécificité c’est surtout dans la succession de celui qui est évêque diocésain. Et dans ce sens-là, il n’y a pas des choses particulières à faire. Mais cela peut aussi dépendre des facultés particulières qu’il aurait reçues du Vatican, du Pape dans sa nomination. Donc, il est fort probable que dans sa nomination on lui ait dit  voilà votre mission ça sera tel ou tel autre aspect, et c’est dans cette optique qu’il devra accomplir sa mission. Mais, je crois que principalement, il fera le travail d’un évêque. D’ailleurs, il y en a qui disent qu’un coadjuteur est, dans un sens plus simple, comme un évêque auxiliaire mais avec la particularité qu’il a droit à la succession qu’un auxiliaire n’a pas ;

Dans son discours lors de sa présentation le 11 mars 2018 en la cathédrale Notre Dame du Congo, Mgr Ambongo a affirmé qu’il sera un pasteur qui réunit tout le monde, est-ce pour dire qu’il y a des divisions à Kinshasa ?

Mgr Donatien B. : Je ne pense pas qu’il y a de divisions. Peut-être que dans la façon de faire, de voir ou de concevoir les choses, il se pourrait qu’il n’y ait pas la même procédure. C’est pourquoi je disais qu’il faut travailler avec un même esprit et dans la communion, avec un même cœur pour accomplir la mission de l’Église. Bon, dans une famille, dans un endroit, dans un groupe, on ne peut pas dire que bon voilà tout l’ensemble voit les choses de la même manière. Peut-être qu’il y a des points de vue différents mais quand il y a un responsable qui a pris une option en indiquant le sens dans lequel nous allons travailler, je crois que, quels que soient les points de vue, la perspective avec laquelle on conçoit la chose,  c’est un travail de l’Église et on va dans le même sens. Moi, j’aime bien l’image dont parle saint Paul, nous sommes un corps disposant de plusieurs membres et chaque membre a un rôle à jouer. Aucun ne peut dire qu’il n’a pas besoin de l’autre, non. Nous avons besoin les uns des autres pour faire le travail d’Église.

Vous vous dites disposés à collaborer avec lui. Qu’en attendez-vous comme pasteur ?

Mgr Donatien B. : Je crois que Kinshasa est grand, Kinshasa a beaucoup de défis et il y a un travail énorme à faire. Le fait que nous soyons, j’allais dire 5, il y a le cardinal, Monseigneur Fridolin et les trois évêques auxiliaires, lorsqu’il y a une nouvelle force qui s’ajoute, on ne peut que se réjouir.

Et si l’on vous envoyait vous comme évêque à Mbandaka, allez-vous refuser ?

Mgr Donatien B. : Bon, cela appartient à Dieu, ça appartient au pape. C’est le travail de l’Église. Je suis jésuite et j’ai fait vœu d’obéissance. Et puis j’ai fait aussi vœu d’obéissance particulière au pape, donc c’est lui qui en disposera.

Quand le Saint-Père vous sollicite pour être nommé évêque titulaire d’un diocèse, y a-t-il possibilité de refuser ou on est obligé d’accepter?

Mgr Donatien B. : Je ne sais pas. Mais quand on est nommé évêque, c’est un sacrement. Il y a dans le sacrement de l’ordre : le diaconat, le sacerdoce et l’épiscopat. Et donc, on ne peut pas imposer à quelqu’un un sacrement. C’est en toute liberté que la personne doit pouvoir accepter, sinon c’est nul.

Y a-t-il déjà eu des cas de refus d’être évêque?

Mgr Donatien B. : D’après ce qu’on entend, oui. Il y a des gens qui, par humilité, ont affirmé qu’ils ne pouvaient pas. J’en connais un à qui on avait demandé ce service et qui a, évidemment, avancé ses raisons, et après discernement, il a dit qu’il ne pouvait pas.

Quels conseils prodiguez-vous à ceux qui attendent sans succès de devenir évêque ou nourrissent ces ambitions ?

Mgr Donatien B. : Moi, je dis que c’est la volonté de Dieu. Il faut laisser à Dieu la liberté, pour ainsi dire, d’accomplir ses desseins ou desiderata vis-à-vis de quelqu’un. C’est certes le côté humain, mais dans l’Église on ne peut pas servir avec des ambitions démesurées. J’aime beaucoup le psaume 130 pour dire voilà : « Seigneur,  je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent ». Et donc, il faut laisser à Dieu, c’est lui qui le Maitre de tout, c’est qui lui qui nous conduit, c’est lui qui nous choisit ; c’est lui qui dit bon voilà : « dans l’Église voilà la mission que je vous confie ». Alors, il ne faut pas commencer à chercher à se battre pour ceci ou cela, surtout pas. Et je m’excuse de dire que souvent ceux-là qui cherchent, qui se battent pour ceci ou cela, souvent ça n’arrive pas.

Donc, vous voulez dire que le pouvoir dans l’Église est diffèrent du pouvoir politique ?

Mgr Donatien B. : Cela s’entend ! Il n’y a pas de campagne à faire. On ne fait pas de campagne pour devenir prêtre ou évêque. C’est Dieu qui appelle et puis, bon, qui confie la mission.

Et quand on va renoncer, il n’y a pas d’armes, pas de bagarre ; on renonce facilement ?

Mgr Donatien B. : Je vous ai dit, il y a l’âge et puis d’autres raisons par exemple la maladie, ou bien des raisons peut-être liées à un individu ou à la société, etc. Mais il y a des raisons qui font qu’à un moment donné on peut demander à quelqu’un de laisser le siège pour que quelqu’un d’autre l’occupe et continue le travail. Et il n’y a pas à être malheureux, on a servi.

Et le pouvoir dans l’Église justement un cardinal le reste à vie ?

Mgr Donatien B. : C’est pour cela que le travail que l’on fait dans l’Église, à mon avis, est incomparable. On est prêtre pour l’éternité. Et moi, je dis qu’un prêtre ne peut pas être au chômage parce que, même à quatre-vingt-dix ans, et même quand on a un peu de lucidité, on a un peu de force, on peut encore continuer à faire son travail de prêtre, et donc d’évêque ou de cardinal. Et la grande mission, par exemple dans la compagnie de jésuites, qu’on donne à ceux qui se retirent, c’est-à-dire, qui n’ont plus la force de travailler, c’est de prier pour l’Église. Et ça, c’est merveilleux !

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