Mgr Fridolin Ambongo : « Jésus n’a jamais été au milieu du village devant des situations d’injustice et de discrimination manifestes »
8 août 2018
CECOS - CENCO (111 articles)
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Mgr Fridolin Ambongo : « Jésus n’a jamais été au milieu du village devant des situations d’injustice et de discrimination manifestes »

Le vice-président de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo, CENCO, et archevêque coadjuteur de Kinshasa exprime ses inquiétudes à l’étape de dépôt des candidatures à la présidentielle du 23 décembre 2018 en RDC. Monseigneur Fridolin Ambongo a accordé une interview à Radio Vatican à la suite du communiqué de la CENCO publié lundi 6 août 2018, dans lequel les évêques congolais, garants de l’Accord de la Saint Sylvestre, appellent à des élections inclusives et apaisées en exhortant les autorités congolaises à éviter tout ce qui pourrait amener le pays dans une situation d’incertitude.

R.V : Monseigneur Fridolin Ambongo, est-ce que cet accord auquel vous faites allusion ne vous échappe pas déjà puisqu’on le viole, on le vide même de sa substance ?

Mgr F.A : Effectivement, nous comme garants de l’Accord de la Saint Sylvestre, qui a donné quand même un cadre, une voix de sortie au peuple congolais, mais depuis sa mise en application, nous avions déjà eu à dénoncer des violations par rapport à cet accord. Malgré cela, la publication du calendrier électoral par la Commission électorale nationale indépendante, CENI,  donnait quand même l’espoir au peuple qu’on est en train d’aller aux élections, conformément à la Constitution et conformément à l’Accord de la Saint Sylvestre. Seulement, il y a des événements, comme les évêques l’ont dit lors de leur dernière assemblée plénière, qui nous préoccupent énormément, particulièrement ce qui s’est passé la semaine dernière.

RV : Justement ! Dans le message de la CENCO dont vous êtes le vice-président, les évêques se disent peinés par le sort inacceptable réservé à Moise Katumbi, empêché de rentrer au pays. Ne prenez-vous pas directement position ?

Mgr F.A : Nous ne prenons pas position, puisque cela a été un cas explicitement cité dans l’Accord de la Saint Sylvestre. Vous savez aussi que ce cas avait été confié aux évêques. Ils ont mené leurs enquêtes et sont arrivés à une conclusion qui a été remise à qui de droit. Pour que les élections soient vraiment crédibles, elles doivent être aussi inclusives, où toutes les parties prenantes jouissent de l’égalité de chance. Or, ce qui s’est passé, avec Moise Katumbi, c’est comme si on est en train d’exclure un candidat avant même qu’il ne se mesure aux autres dans les urnes.

RV : A ce sujet, vous parlez d’un traitement ségrégationniste ?

Mgr F.A : Oui, tout à fait ! Parce que pour nous, c’est vraiment comme un traitement réservé à l’individu qui s’appelle Moïse Katumbi. Et là ça ne va pas. S’il a commis des délits, alors qu’on le laisse rentrer au pays et qu’il soit jugé. Mais qu’on l’empêche de rentrer au pays alors qu’il est citoyen congolais au même titre que tout le monde, il y a quelque chose qui ne va pas.

RV : Monseigneur, on a voulu des élections apaisées dans votre pays la RDC, est-ce que ce ne sont pas là les signes qu’elles ne le seront pas ?

Mgr F.A : C’est cela justement notre inquiétude. Nous avons l’impression que l’on est en train de biaiser les élections en sélectionnant d’avance les candidats qu’on veut bien qu’ils se présentent. Mais, quelle est donc cette instance qui peut sélectionner les candidats sinon le peuple lui-même ? Que l’on laisse donc les candidats se présenter devant le tribunal du peuple et que le peuple puisse le juger. Nous sommes donc très inquiets.

RV : Vous êtes inquiets et vous exhortez comme toujours les autorités. Mais vos exhortations ressemblent à un coup d’épée dans l’eau, vu que vos politiciens ne vous écoutent jamais ?

Mgr F.A : Malheureusement, le constat est celui-là ! Ils ne nous écoutent pas. Mais la conséquence n’est pas que le pays va mieux. Peut-être qu’ils auraient intérêt à nous écouter davantage et les choses iraient mieux, plutôt que ce que nous voyons aujourd’hui. Mais nous ne désespérons pas, car nous sommes des hommes de foi et d’espérance. Nous pensons que malgré les vicissitudes du moment, le peuple est décidé à aller aux élections pour se donner des dirigeants selon son cœur. Ceci, malgré beaucoup de points de discussions, de friction, qui laissent penser que les élections, si on ne résout pas d’abord certains cas, risquent de ne pas être apaisées. Il y a beaucoup d’éléments qui laissent penser qu’il y a une volonté manifeste de brouiller les choses, et plus les choses sont brouillées, mieux ça vaut pour certaines personnes. Et c’est ça qui crée l’inquiétude chez nous. Le peuple veut aller aux élections, mais il y a beaucoup de gestes, de comportements, surtout de la part du pouvoir, qui laissent penser, qui laissent semer des doutes, sur l’effectivité des élections annoncées pour le 23 décembre 2018.

RV : N’assistez-vous pas impuissants devant des faits accomplis dans votre pays, malgré vos communiqués, appels, déclarations et exhortations ?

Mgr F.A : Nous faisons un peu l’expérience des prophètes, et même de Jésus, qui ont toujours prêché. Mais quand leurs voix, leurs cris ne sont pas écoutés, évidemment les prophètes souffrent des conséquences de ce qui arrive. Le prophète souffre au même titre que le peuple. Et à cause de cette situation, nous comme pasteurs, nous souffrons que la classe politique ne nous écoute pas suffisamment et continue à aller d’égarements en égarements.

R.V : Monseigneur, avec votre dernière déclaration, ne va-t-on pas encore une fois vous accuser de ne pas être au milieu du village ?

Mgr F.A : Cela ne nous étonnera pas, parce que nous sommes habitués à ce genre de discours. La question est de savoir ce que signifie être au milieu du village. Quand on est devant une situation d’injustice manifeste, doit-on se taire pour ne pas être accusé de parti pris ? Je ne sais pas. Mais, je sais seulement que Jésus-Christ n’a jamais été neutre ou au milieu du village devant des situations d’injustice et de discrimination manifestes.

RV : Un mot pour terminer, Monseigneur.

Mgr F.A : C’est tout simplement le souhait qui nous habite en tant que pasteur, parce que j’estime encore que la situation n’est pas complètement perdue. Le temps de dépôt des candidatures va jusqu’à mercredi 8 août 2018 à minuit. Et si le pouvoir veut vraiment l’apaisement, qu’on donne aussi l’occasion à Moise Katumbi de venir déposer sa candidature. S’il a d’autres comptes à rendre à la justice, ce serait aussi l’occasion de le faire. Mais, nous sommes vraiment désolés de voir ce qui est en train de se passer. En tout cas, nous ne perdons pas espoir. Nous croyons en notre pays et nous pensons que la situation va changer et la situation doit changer.

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